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	<title>L (B) L O G</title>
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		<title>Présidentielle : la clef du peuple</title>
		<link>http://laurentbouvet.wordpress.com/2012/01/23/presidentielle-la-clef-du-peuple/</link>
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		<pubDate>Mon, 23 Jan 2012 05:10:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurent Bouvet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Article publié dans le Huffington Post, le 23/01/12. Le problème est simple en apparence : nul ne peut gagner l&#8217;élection présidentielle s&#8217;il n&#8217;est capable de mobiliser la majorité des suffrages des catégories populaires. C&#8217;est le cas pour toute élection présidentielle, en &#8230; <a href="http://laurentbouvet.wordpress.com/2012/01/23/presidentielle-la-clef-du-peuple/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laurentbouvet.wordpress.com&amp;blog=810499&amp;post=2134&amp;subd=laurentbouvet&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><a href="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2012/01/images.jpg"><img class="alignleft  wp-image-2135" title="images" src="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2012/01/images.jpg?w=405&#038;h=252" alt="" width="405" height="252" /></a></p>
<p style="text-align:justify;"><strong><a href="http://www.huffingtonpost.fr/laurent-bouvet/election-presidentielle-2012-clef-peuple_b_1218447.html" target="_blank">Article publié</a> dans le <em>Huffington Post</em>, le 23/01/12.</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Le problème est simple en apparence : nul ne peut gagner l&#8217;élection présidentielle s&#8217;il n&#8217;est capable de mobiliser la majorité des suffrages des catégories populaires. C&#8217;est le cas pour toute élection présidentielle, en raison notamment de la forte participation populaire qui distingue ce scrutin des autres. Mais c&#8217;est plus encore le cas cette année. Le peuple ayant fait un retour inattendu sur le devant de la scène politique française à l&#8217;occasion de la campagne.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-2134"></span></p>
<p style="text-align:justify;">&#8220;Retrouver le sens du peuple !&#8221; Voilà en effet le cri de ralliement de tous les candidats à l&#8217;élection présidentielle. Non tant parce que le Général de Gaulle a voulu en 1962 qu&#8217;elle soit cette fameuse rencontre entre un homme (il ne pensait pas à une femme à l&#8217;époque&#8230;) et le peuple français que parce que face à une crise sans précédent depuis un demi-siècle, chacun sent bien que la lassitude et le mécontentement populaire pourraient tourner à la révolte dans les urnes. Abstention bien sûr mais aussi vote de protestation pour des candidats vite qualifiés de populistes.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est donc entre injonction populaire et menace populiste que se joue une bonne partie de la campagne présidentielle de 2012.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce &#8220;peuple&#8221; qui renvoie les politiques à leur impuissance sondage après sondage, ce sont d&#8217;abord et avant tout les catégories populaires &#8211; même si une partie de l&#8217;insaisissable &#8220;classe moyenne&#8221; n&#8217;est pas loin. Ce sont ces ouvriers, ces employés et ces retraités issus des deux CSP précédentes de l&#8217;Insee qu&#8217;il faut majoritairement conquérir pour gagner l&#8217;élection présidentielle. Ce qu&#8217;a fait précisément Nicolas Sarkozy en 2007, en les mobilisant fortement (alors qu&#8217;elles s&#8217;abstiennent plus que d&#8217;autres) et en les arrachant, en grande partie, au vote FN qui avait été leur premier choix en 2002 &#8211; à l&#8217;époque Lionel Jospin avait obtenu un piètre 12% chez les ouvriers et 13% chez les employés, loin derrière Le Pen et Chirac. C&#8217;est d&#8217;ailleurs le soutien de ces catégories qui manque cruellement à la gauche depuis 1988 pour gagner une élection nationale, présidentielle bien sûr mais encore législative - à l&#8217;exception, toute relative, de la victoire aux législatives &#8220;de la dissolution&#8221; en 1997.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette année, chacun des candidats se bat donc pour la (re)conquête de cet électorat-clef. A juste titre puisqu&#8217;il représente encore, n&#8217;en déplaise aux faux experts ès-élections du think tank Terra Nova notamment, une large majorité des électeurs inscrits. Et, devrait-on ajouter, qui dans le contexte de crise que nous traversons, voit ses conditions sociales se dégrader plus vite que n&#8217;importe quelle autre catégorie sociale. Ce qui crée non pas une identité collective, comme ce fut le cas au temps de la classe ouvrière, mais à tout le moins une condition commune : celle de la France des fins de mois qui commencent de plus en plus tôt, d&#8217;une France largement invisible dans les médias, qui souffre en silence, comme l&#8217;a d&#8217;ailleurs souligné la quasi-totalité des candidats.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est pour le président sortant que le problème se pose avec le plus de difficulté. Il ne pourra pas réitérer son exploit de 2007. Il doit cette année défendre son bilan. Celui du président des riches et des privilégiés qui a trahi la promesse faite il y a 5 ans à la &#8220;France qui se lève tôt&#8221;, celle de lui redonner du pouvoir d&#8217;achat et un avenir pour ses enfants. La crise historique que nous traversons n&#8217;explique pas tout de cette faillite ; les Français, les plus modestes en particulier, le savent. Les attaques répétées contre la gauche, ses 35 heures et sa retraite à 60 ans ne portent pratiquement pas. Le seul espoir de réélection de Nicolas Sarkozy tient à la faiblesse potentielle de ses adversaires.</p>
<p style="text-align:justify;">Ceux de la droite et du centre évidemment au premier chef. Ainsi un François Bayrou qui arriverait assez haut dans les intentions de vote pourrait-il menacer directement la qualification du président pour le 2nd tour. La multiplication des candidatures à sa droite pouvant lui faire perdre de précieux points, à la manière de ce qui est arrivé à Lionel Jospin à gauche en 2002. Sans une part significative du vote populaire, le président de la République ne peut pas surmonter ces aléas. Sans son socle de 2007, il peut donc tout perdre.</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est aussi tout l&#8217;enjeu de la campagne pour François Hollande. Il a un boulevard devant lui mais encore faut-il qu&#8217;il sache dans quel sens l&#8217;emprunter ! Pour ramener vers lui le vote populaire, il n&#8217;a guère d&#8217;autre choix que d&#8217;aller de l&#8217;avant&#8230; sur deux jambes. D&#8217;une part, en proposant un programme économique et social ambitieux, celui d&#8217;une rupture à la fois effective, visible et lisible, avec le désordre et l&#8217;inégalité régnantes. C&#8217;est la réforme fiscale qui est l&#8217;arme principale d&#8217;une telle révolution. Profonde, radicale et égalitaire, elle est en effet dernier outil dont dispose l&#8217;Etat national dans un cadre européen et mondial aussi incertain que difficile à infléchir. D&#8217;autre part, en prononçant un discours d&#8217;autorité et de rassemblement du peuple, de la nation précisément, autour d&#8217;un projet républicain réaffirmé et renouvelé. Celui-là même que la gauche a oublié et perdu depuis tant d&#8217;années, entre pouvoir et opposition, entre dilution locale et errements doctrinaux.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette élection est un moment privilégié pour la gauche pour se réapproprier ces dimensions matérielles et symboliques. Il reste 3 mois à son principal candidat &#8211; les autres, Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly ou Jean-Pierre Chevènement notamment ne pouvant en rien lui disputer ce statut &#8211; pour non seulement gagner mais pour le faire dans les meilleures conditions possibles. Celles qui lui seront indispensables s&#8217;il veut gouverner dans la durée, et pas seulement pendant quelques courtes semaines d&#8217;état de grâce, si tant est qu&#8217;il y en ait un.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce qui complique sérieusement l&#8217;affaire, c&#8217;est qu&#8217;en face il y a désormais Marine Le Pen. Et c&#8217;est elle qui pour le moment possède la clef du vote populaire, composante essentielle de ses 20% d&#8217;intentions de vote régulières. Un tel capital ne la conduira certainement pas à la victoire mais peut l&#8217;emmener suffisamment loin, et pourquoi pas au second tour, comme son père en 2002, pour faire trembler l&#8217;ensemble de l&#8217;édifice politique français. Si une telle situation devait se produire, contre François Hollande en particulier, celui-ci ne connaîtrait qu&#8217;une victoire à la Pyrrhus. Le pays serait ingouvernable. Et dès les législatives, la véritable &#8220;barrière d&#8217;espèce&#8221; construite dans la douleur parfois (souvenons-nous des régionales de 1998 !) entre droite de gouvernement et FN pourrait bien disparaître, définitivement. Les triangulaires qui ont si souvent profité à la gauche depuis des années ne seraient plus alors qu&#8217;un souvenir.</p>
<p style="text-align:justify;">Quoi qu&#8217;il arrive, l&#8217;élection de 2012 marquera la fin du système politique mis en place depuis plus de 20 ans, celui qui a tenu le FN à sa lisière. Ce qui lui a d&#8217;ailleurs permis de prospérer, de devenir le refuge des votes contre ce système justement. Aujourd&#8217;hui, si une partie de la droite se lepénise à grande vitesse, le FN se banalise aussi, en grande partie. De ce double mouvement pourrait bien naître, dès l&#8217;élection du printemps, un casse-tête politique bien plus douloureux encore pour la gauche que l&#8217;échec national qu&#8217;elle subit depuis années.</p>
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		<title>Pour une citoyenneté une et indivisible</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Dec 2011 10:12:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurent Bouvet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L’adoption par le Sénat, le 8 décembre, de la proposition de loi constitutionnelle concernant le droit de vote et l’éligibilité des étrangers non communautaires aux élections municipales répond, si l’on suit les arguments avancés par la gauche lors du débat, &#8230; <a href="http://laurentbouvet.wordpress.com/2011/12/10/pour-une-citoyennete-une-et-indivisible/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laurentbouvet.wordpress.com&amp;blog=810499&amp;post=2098&amp;subd=laurentbouvet&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><a href="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/12/carte_d__electeur.jpg"><img class="alignleft  wp-image-2100" title="Carte_d__electeur" src="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/12/carte_d__electeur.jpg?w=354&#038;h=291" alt="" width="354" height="291" /></a>L’adoption par le Sénat, le 8 décembre, de la proposition de loi constitutionnelle concernant le droit de vote et l’éligibilité des étrangers non communautaires aux élections municipales répond, si l’on suit les arguments avancés par la gauche lors du débat, à un impératif moral autant qu’à une nécessité « progressiste » et un alignement sur « ce qui se fait déjà à l’étranger ». De plus, la promesse en ayant été faite dans les « 110 propositions » du candidat Mitterrand en 1981 et jamais tenue depuis, elle doit l’être maintenant.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-2098"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Si on laisse de côté l’argument étrange des « 110 propositions » – <em>quid</em> en effet des autres propositions jamais mises en œuvre ? va-t-on aussi vouloir les honorer à tout prix ? ce texte est-il devenu une sorte de « table de la loi » de la gauche française pour des siècles ? –, on conviendra en revanche du côté humaniste de l’argument suivant lequel des étrangers vivant depuis longtemps en France et parfaitement intégrés devraient pouvoir participer aux décisions qui les concernent au même titre qu’un citoyen français.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais alors une question se pose immédiatement : pourquoi limiter le droit de vote aux élections municipales ? L’intégration à la vie du pays dans lequel on s’est installé durablement est difficilement divisible en tranches. Pourquoi privilégier le niveau municipal par rapport à celui du département ou de la région ? Cesse-t-on, par exemple, d’être concerné comme parent d’élève lorsque son enfant passe du primaire au secondaire ? Elire le député (participer à une élection nationale donc) de sa circonscription aurait-il moins de conséquences sur la vie quotidienne que d’élire le maire de sa commune – surtout si celle-ci est de petite taille ? On voit, au passage, que l’argument parfois évoqué de l’impôt comme signe de la nécessité électorale est tout à fait spécieux dans un tel débat : un citoyen paie-t-il davantage d’impôts au niveau local (municipal…) qu’au niveau national ? Et en quoi la représentation serait-elle liée au fait de payer des impôts puisque bien des citoyens français sont exonérés d’une partie d’entre eux ?<a title="" href="#_ftn1">[1]</a></p>
<p style="text-align:justify;">Bref, on sent bien qu’il faut chercher ailleurs la justification de l’empressement à gauche d’inscrire à l’ordre du jour du Sénat le vote d’une telle mesure. Il s’agit avant tout d’un geste  symbolique. Un symbole que l’on considérera ici comme bien mal choisi et, circonstance aggravante, brandi au pire moment, alors qu’une campagne présidentielle difficile s’annonce. Et ce, pour plusieurs raisons</p>
<p style="text-align:justify;">Première raison, de fond : une telle mesure est contraire au droit politique républicain ; elle nie la signification même de ce qu’est la République « à la française ». Le lien entre citoyenneté et nationalité est en effet la pierre angulaire de l’affirmation du peuple français comme communauté de citoyens (et non plus de sujets !) libres et égaux. La nation française étant née comme projet politique et non culturel ou identitaire : on est Français parce qu’on est citoyen comme on est citoyen parce qu’on est Français. Il ne peut donc y avoir de demi-mesure, de semi-citoyenneté – à raison d’une limitation territoriale par exemple –, de degré dans celle-ci.</p>
<p style="text-align:justify;">La création d’une citoyenneté à deux vitesses sur le territoire national risquant d’entraîner, à terme, un ensemble de conséquences difficiles à conjurer. Ainsi l’ouverture de revendications de tous ordres en termes de « distinction territoriale », surtout si une telle conception différentialiste de la citoyenneté venait à s’articuler à de nouvelles « avancées » de la décentralisation ou de la régionalisation. Pourquoi, par exemple, des corps de citoyens différenciés ne voteraient pas dans des collèges électoraux différents (comme aux élections professionnelles) ou sur des matières différentes au regard des compétences spécifiques des différentes collectivités ? Et on laisse ici volontairement de côté les autres conséquences attendues et mieux connues d’une telle mesure comme la participation de citoyens étrangers, élus municipaux, à l’élection des sénateurs français.</p>
<p style="text-align:justify;">La solution « à la française » au maintien du lien intangible entre nationalité et citoyenneté est connue : l’étranger qui veut devenir citoyen le peut en devenant français. Le problème aujourd’hui est politique et non constitutionnel. Le gouvernement actuel qui s’est habilement drapé dans ce principe à l’occasion du débat qui vient d’avoir lieu n’en respecte pas les fondements. Non seulement il refuse le droit de vote local aux étrangers mais, dans le même temps, il durcit les conditions d’accès à la nationalité – notamment à partir de critères économiques et sociaux désormais, en plus des autres, puisqu’il faut prouver un certain niveau de revenus et de vie pour prétendre devenir Français ! La majorité actuelle et le président de la République qui s’étaient un temps prononcés pour le droit de vote local, jouent donc avec le feu en défaisant le droit républicain ; mettant ainsi à mal la bonne foi et l’attachement au principe républicain de ceux qui ne veulent pas abdiquer la spécificité française des conditions de l’émancipation par le projet civique.</p>
<p style="text-align:justify;">Si la droite se dit hostile à cette mesure aujourd’hui, c’est pour d’évidentes raisons tactiques : elle laisse la gauche en prendre la responsabilité devant l’opinion ; elle instrumentalise grossièrement ce débat afin de séduire l’électorat qui s&#8217;échappe vers le Front national. Mais nul n’est obligé, à gauche, de tomber dans un tel piège ! D’ailleurs, demain, une fois la mesure adoptée par une majorité de gauche, si la droite revient à son tour au pouvoir, imagine-t-on un seul instant qu’elle reviendra sur cette mesure ? Non bien sûr, elle s’appuiera au contraire dessus pour durcir encore plus, comme elle l’a toujours fait, les conditions d’accès à la nationalité. Elle disposera alors d’un argument en or : quel besoin y’a-t-il de faciliter l’accès à la nationalité dès lors que les étrangers peuvent se contenter d’être des semi-citoyens ? Le « droit du sang » pourrait bien alors revenir dans le jeu plus aisément encore derrière un tel raisonnement. Les autres pays européens, ces exemples mis en avant par la gauche aujourd’hui, qui ont le plus volontiers et facilement adopté le droit de vote des étrangers aux élections locales sont aussi ceux qui ont un « code » de la nationalité fondé sur ce « droit du sang » si contraire à la tradition française de nation civique fondée avant tout sur le « droit du sol ».</p>
<p style="text-align:justify;">Deuxième raison, l’idée présentée ici de bonne foi comme l’extension d’un droit renvoie à une logique de l’hyper-individualisme que la gauche combat pourtant par ailleurs. Il ne faut pas oublier que l&#8217;individualisation du droit à l’œuvre ici, si elle est nécessaire bien sûr à l&#8217;émancipation du sujet, est aussi celle du marché, et donc, structurellement, de l&#8217;inégalité naturelle transposée dans la société &#8211; sans besoin d’une régulation collective contraignante si l’on suit la théorie libérale. Ainsi, sous prétexte de favoriser le droit, la liberté de chacun et la pluralité du choix de sa relation à la citoyenneté, on fait de celle-ci le lieu d&#8217;un rapport de consommation et d’intérêt, et non plus seulement de participation et de responsabilité. L’attachement au droit politique républicain « à la française » et à sa conséquence en matière de citoyenneté est aussi lié à un souci de ne pas céder totalement à la marchandisation du rapport de l&#8217;individu à son environnement et, hélas, à ses droits. C’est toute la différence entre la liberté républicaine et la liberté libérale qui devrait rester une boussole philosophique pour la gauche.</p>
<p style="text-align:justify;">Troisième raison de considérer l’adoption de cette mesure comme une mauvaise idée : la gauche espère visiblement que le droit de vote des étrangers lui permettra de gagner des voix localement. On ne peut qu’être réservé sur un tel raisonnement électoral. D’abord parce que rien n’indique ni dans les fameux « exemples étrangers » ni dans le comportement électoral des populations issues de l’immigration récentes mais devenues françaises que la participation des étrangers aux élections serait élevée. C’est même plutôt l’inverse qui risque de se produire. Ensuite parce que ceux de ces nouveaux électeurs qui se déplaceront ne voteront pas nécessairement à gauche. Les études dont on dispose depuis longtemps, aux Etats-Unis notamment, sur le comportement électoral des immigrants récents conduit généralement à l’observation d’une une prime accordée aux partis et aux élus qui mettent en avant l’assimilation, le goût de l’effort et de la réussite individuelle, l’esprit d’entreprise, l’importance du mérite et de la compétition… Toutes choses qui ne figurent pas aujourd’hui de manière explicite, pour dire le moins, dans les programmes de la gauche. Enfin, l’argument, utilisé <em>ad nauseam</em> par la droite et le Front national, dans ce débat, du risque d’un vote communautariste mobilisable par des groupes islamistes, s’il n’est sans doute pas le danger redoutable qu’ils décrivent peut en revanche toujours exister. Sans même parler d’islamisme, si jamais des élus municipaux étrangers venaient à représenter telle ou telle « communauté » constituée à raison de son origine ethno-raciale ou religieuse, le droit de vote des étrangers aurait simplement manqué son objectif proclamé d’une meilleure intégration des étrangers.</p>
<p style="text-align:justify;">Quatrième raison d’être réticent à une telle mesure : son instrumentalisation précisément par la droite et le FN dans le cadre de la présidentielle cette fois. En effet, au moment où le défi prioritaire pour la gauche est celui de la reconquête d’une partie au moins des catégories populaires pour non seulement espérer gagner mais encore gouverner dans de bonnes conditions un pays soumis à des bouleversements historiques, envoyer le signal que l’une des mesures symboliques essentielles de la différenciation gauche-droite est le droit de vote des étrangers aux élections locales n’est pas d’une grande habileté. La question légitime qui vient immédiatement à l’esprit étant toute simple : la gauche n’a-t-elle rien d’autre à proposer en ce moment aux Français qu’une telle mesure ? Outre les enjeux économiques et sociaux, l’inquiétude qui se diffuse sur le « vivre-ensemble », sur ce que signifie aujourd’hui « être français », sur l’unité nationale au-delà des clivages pour faire front face aux difficultés qui s’accumulent, etc. Tout signale l’inanité de la mise en exergue d’une différenciation entre citoyens.</p>
<p style="text-align:justify;">Des décennies (des siècles !) de lutte pour faire vivre le lien entre nationalité et citoyenneté (suffrage universel, vote des femmes…) peuvent difficilement être jetés ainsi dans les poubelles de l’Histoire au prétexte d’une lutte politique symbolique <em>hic et nunc</em>. Dans cette affaire, on n’est pas nécessairement de droite parce qu’on tient spécialement à ce lien, et on n’est pas davantage de gauche parce qu’on voudrait le briser… L’histoire de la République, les combats menés en son nom et pour la réalisation pleine et entière de sa promesse d’émancipation ne sont pas ceux d’un camp ou de l’autre. Pourtant la gauche y a pris plus que sa part, et au nom de celle-ci, s’il ne fallait qu’un argument, final, contre la mesure discutée ici, ce serait de ne pas laisser l’héritage républicain tomber dans des mains aussi mal intentionnées que celles qui s’en déjà trop facilement saisi ces dernières années.</p>
<p style="text-align:justify;">La citoyenneté française est comme la République, dont elle est une incarnation pratique et immédiate dans la vie de chacun, une et indivisible. N’en déplaise à ses détracteurs comme à ses manipulateurs. Ce serait donc l’honneur de la gauche française de la défendre plutôt que de l’affaiblir.</p>
<p style="text-align:justify;">&#8211;</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Note</strong></p>
<div style="text-align:justify;">
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> Autre argument que l’on peut écarter tout aussi facilement, celui d’un nécessaire alignement de la situation des non-ressortissants de l’Union européenne sur le statut de ceux de l’UE : pour ces derniers, le droit de vote aux élections municipales et européennes est la conséquence de la signature par la France d’un traité et de la création d’une « citoyenneté européenne » (dans laquelle la clause de réciprocité est d’ailleurs centrale). Rien à voir  donc avec la situation des ressortissants des autres pays.</p>
</div>
</div>
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		<title>Europe : l&#8217;impasse fédérale</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Dec 2011 18:23:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurent Bouvet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Europe]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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		<description><![CDATA[Quand et comment la crise européenne finira-t-elle ?  Il y a fort à parier, hélas, que le conseil européen qui va se tenir cette fin de semaine, les 8 et 9 décembre, ne débouchera sur rien de tangible. L’habitude a été &#8230; <a href="http://laurentbouvet.wordpress.com/2011/12/06/europe-limpasse-federale/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laurentbouvet.wordpress.com&amp;blog=810499&amp;post=2082&amp;subd=laurentbouvet&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><a href="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/12/sarkozy-merkel_82.jpg"><img class="alignleft  wp-image-2084" title="sarkozy-merkel_82" src="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/12/sarkozy-merkel_82.jpg?w=352&#038;h=229" alt="" width="352" height="229" /></a>Quand et comment la crise européenne finira-t-elle ?</p>
<p style="text-align:justify;"> Il y a fort à parier, hélas, que le conseil européen qui va se tenir cette fin de semaine, les 8 et 9 décembre, ne débouchera sur rien de tangible. L’habitude a été prise désormais de l’incapacité chronique de l’énorme machin(e) européen(ne) (qui s’élargira même bientôt à un 28<sup>e</sup> membre avec l’adhésion de la Croatie !) à produire un quelconque résultat face à la tempête historique qui secoue le vieux continent.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-2082"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Le camouflet de l’annonce d’une « menace de dégradation » de tous les pays notés du fameux AAA infligé à Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, duo de tête de l’orchestre du Titanic européen, par les fameuses agences de notations (l’une d’entre elle du moins) quelques heures seulement après le sommet qui les a vus réclamer un nouveau traité européen devrait suffire à convaincre chacun de l’évidence qui s’imposer pourtant un peu plus de jour en jour : ni les marchés ni les peuples européens ne veulent d’un nouveau traité, que ce soit à 17 ou à 27, ou, dit autrement, personne ne veut d’une « nouvelle avancée » européenne en forme de fuite en avant fédéraliste. La méthode a fait ses preuves, si l’on ose dire…, depuis près de trente ans !</p>
<p style="text-align:justify;">Que l’ampleur de la crise qui atteint toutes les dimensions de l’économie affole l’ensemble des acteurs, cela peut se comprendre. En revanche que les responsables des Etats européens, des deux principaux en l’occurrence, tentent une manœuvre désespérée de plus plutôt que de garder la tête froide et de prendre les mesures de sauvegarde d’urgence pour leurs pays, voilà qui est beaucoup plus grave.</p>
<p style="text-align:justify;">Car enfin, comment Nicolas Sarkozy peut-il brader ainsi l’intérêt national (et européen !) en prétendant lier ainsi son sort avec celui de l’Allemagne ? Obtenir la solidarité financière (sous une forme très minimale…) de l’Allemagne dans la garantie des dettes « souveraines » européennes en échange d’une mise sous tutelle judiciaire (par la Cour de justice de l’UE) des budgets des différents pays (par la constitutionnalisation de la règle d’or notamment), voilà qui sonne comme un abandon en rase campagne de l’indépendance nationale et de la capacité du peuple français de choisir son destin. Pis, comme la rupture historique avec la tradition pluriséculaire de la souveraineté de l’Etat moderne, qui est pour la France, faut-il le rappeler, bien plus qu’un modèle historico-juridique, un élément constitutif, essentiel, de son identité politique.</p>
<p style="text-align:justify;">Il ne s’agit pas seulement d’un choix en opportunité que fait un président français dans des circonstances historiques particulières ; il s’agit là d’une cassure dans ce qui s’apparente à la composition « génétique » du droit politique républicain français. Or ignorer son identité, c’est non seulement renoncer à participer au monde qui nous entoure autrement que comme un accessoire de celui-ci mais c’est surtout se perdre soi-même, renoncer à soi. La France mériterait alors le titre du célèbre essai d’Arthur Koestler à propos du Royaume-Uni en 1963 : <em>Suicide d’une nation</em>.</p>
<p style="text-align:justify;">Lorsque l’un des chemins que propose l’Histoire à un peuple s’annonce ainsi sans retour, il ne doit pas être emprunté à la légère, en tout cas pas sans un débat national, sans le renouvellement fondamental du pacte qui tient ensemble tout ce que nous sommes.</p>
<p style="text-align:justify;">L’oubli du peuple, après celui de la nature de l’Etat national dans sa version française, c’est là la seconde erreur, gravissime, que commet Nicolas Sarkozy, et avec lui les dirigeants européens qui voudraient s’orienter dans cette voie.</p>
<p style="text-align:justify;">On touche aux limites structurelles de la construction européenne, en tout cas « telle qu’on l’a connue jusqu’ici ». Celle qui meurt avec la crise actuelle. Cette « Europe de Jean Monnet » dont on ne cesse de nous abreuver depuis des décennies, celle qui est morte précisément d’avoir voulu à tout prix mettre la charrue de la monnaie avant les bœufs de la politique. On s’en doutait bien un peu jusqu’ici à écouter, notamment, les signaux d’alarme des économistes sur le caractère non optimal de la zone euro ; on le sait maintenant pour de bon à voir l’engrenage infernal de la crise économique, financière et sociale qui dévaste le continent.</p>
<p style="text-align:justify;">La fuite en avant fédéraliste qui se dessine derrière ce que l’on appellera, faute de mieux, le « projet Merkel-Sarkozy », et plus généralement dans les réactions pavloviennes des institutions européennes depuis des semaines, apparaît en effet comme une impasse tragique. Impasse car, comme on l’a dit, elle ne trouvera aucun soutien populaire dans les pays européens. Impasse encore parce qu’elle ne réglera rien sur le plan économique : ainsi, par exemple, l’avertissement récurrent des agences de notation est-il adressé au nom d’un ralentissement prévisible d’une croissance déjà anémique, ce que ne manquerait pas de provoquer la mise sous tutelle des budgets nationaux ! Impasse enfin parce que la souveraineté étatique nationale a montré qu’elle restait, face aux autres modèles historiques possibles, l’empire et la cité en particulier, le seul espace possible du déploiement de la démocratie et de la solidarité moderne (celle qui se fait entre individus qui ne se connaissent pas personnellement).</p>
<p style="text-align:justify;">Si le fédéralisme autoritaire proposé aujourd’hui comme solution à la crise correspond en grande partie à une tradition de long terme de l’histoire allemande (celle du Saint-Empire romain germanique…) dans laquelle l’Etat souverain s’est formé très tardivement sur une base nationale qui n’était pas politique mais culturelle ; elle est en revanche totalement à l’opposé de l’histoire longue de la France, bâtie dans l’opposition à l’Empire précisément et à la construction nationale autour de la culture. La France s’est construite, très tôt, autour de l’Etat, de son projet politique (d’abord celui de la monarchie puis celui de la République) et dans la soumission progressive de tous les pouvoirs à vocation fédéraliste ou de dilution de la souveraineté sur son territoire (féodaux, communaux, ecclésiaux, corporatistes…). La France a été le berceau du droit politique moderne de la souveraineté et le lieu de son exercice, parfois implacable bien sûr, mais dont on ne peut nier la prégnance historique. La souveraineté est une et indivisible, elle s’exerce dans l’Etat et par lui, que le prince soit le monarque ou le peuple lui-même.</p>
<p style="text-align:justify;">A l’âge démocratique, la souveraineté est donc indissociable du peuple. C’est lui qui la détient et l’exerce directement ou par ses représentants élus. Cela pourrait se faire au niveau européen bien évidemment. Mais à la condition qu’existe un peuple européen, comme il existe, outre-Atlantique, depuis 1787, un peuple américain (sur lequel s’appuie tout l’édifice fédéral américain). Or, un tel peuple n’existe pas en Europe, pas encore si l’on veut être optimiste. D’ailleurs, la Cour constitutionnelle allemande, gardienne du « patriotisme constitutionnel » allemand depuis la reconstruction de la République en 1949, a toujours refusé de reconnaître l’existence juridique d’une telle fiction politique.</p>
<p style="text-align:justify;">Une fois sortie de l’urgence actuelle par des mesures de sauvegarde économique, c’est sans doute par là qu’il faudra recommencer la construction européenne. Très loin de celle des « Pères fondateurs » de l’après-guerre et des Pères fossoyeurs de ces dernières décennies. Par l’ambition d’une Europe des peuples qui aurait vocation à devenir, à terme, une Europe du peuple, lorsque la solidarité et la démocratie seront possibles d’un côté et de l’autre des frontières, lorsque nous aurons convergé suffisamment en termes de niveau de vie, de pratiques politiques et « d’habitudes du cœur » selon le mot de Tocqueville. Il s’agira alors de bâtir un Etat européen, une République européenne. Mais qu’elle ne reste pas une utopie, il faudra commencer par se défaire des illusions et des apories de la construction fédéraliste et fonctionnaliste, de la méthode dite des « petits pas », de ces pseudo-avancées technocratiques et bureaucratiques qui ne servent ni l’intérêt des Etats membres ni celui des Européens, de cette Europe conçue d’abord comme un marché avant d’être un espace de civilisation et de puissance. Bref, il faudra avoir le courage de défaire ce qui a été si mal fait.</p>
<p style="text-align:justify;">La crise actuelle peut y aider par la violence du choc qu’elle entraîne. Elle peut aussi faire sortir l’Europe, pour de bon, de l’Histoire, et l’entraîner là où même les tragédies du XXe siècle ont échoué. Alors qu’elle y a encore pourtant toute sa place si l’on considère l’état inquiétant du monde qui l’entoure.</p>
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		<title>La présidentielle se déroule sur un ring, pas sous un chapiteau</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Nov 2011 16:57:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurent Bouvet</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><a href="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/11/ringboxe.jpg"><img class="alignleft  wp-image-2066" title="ring+boxe" src="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/11/ringboxe.jpg?w=356&#038;h=356" alt="" width="356" height="356" /></a>La « séquence » (comme disent les conseillers en communication désormais) qui vient de se dérouler à gauche est révélatrice d’un grave défaut : l’absence de prise de conscience de la spécificité de l’élection présidentielle sous la Ve République. Passe encore pour les écologistes qui n’ont jamais prétendu à quoi que ce soit en la matière. Le seul fait d’avoir désigné une candidate comme Eva Joly à l’élection suprême est suffisamment significatif pour dire non seulement leur évidente incompréhension ou leur rejet total des institutions de la Ve République mais encore leur profonde indifférence à ce qu’ils considèrent visiblement comme un jeu institutionnel vide, sans importance. Pour eux, la « vérité », dont ils sont si friands, semble ailleurs. Le problème est infiniment plus grave et plus gênant pour le PS. Car enfin, depuis 30 ans, il n’est pas un responsable socialiste digne de ce nom qui ne se réclame de François Mitterrand. Et même si c’est pour exercer au regard de celui-ci un « droit d’inventaire », l’ensemble du socialisme français tourne toujours autour de l’axe mitterrandien à la manière d’un moulin à prières. Comme si la victoire partisane puis présidentielle du vieux lutteur politique venu de la droite nationale avait duré plus longtemps à titre posthume que de son vivant. Aujourd’hui, il se trouve même quelques ravis de la crèche socialiste pour souligner que François Hollande porte le même prénom que son illustre prédécesseur de candidat, et que donc bon… suivez mon regard.</p>
<p style="text-align:justify;">Las, la semaine qui vient de passer a démontré, une fois de plus, que les socialistes français, et la gauche avec eux, étaient encore bien loin du retour tant attendu à l’Elysée.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce qui devait être une semaine de mise en marche et en lumière de l’armée hollandaise s’est transformé en modèle de cauchemar pour communicant politique. Embêtant, d’autant que cela survient après le coup de mou du candidat dans la « séquence » précédente, celle de la crise européenne, qu’il a très largement passée à observer depuis le quai le passage à toute vitesse du train international du président-qui-gère-la-crise.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-2065"></span></p>
<p style="text-align:justify;">La présentation de « l’équipe de campagne », moment-clef du lancement de la fusée hollandaise a donc ressemblé à un feu d’artifice de foire. Coupables tout désignés, ces gougnafiers d’écolos qui n’ont que deux idées dans la vie : caser leurs chefs dans des circonscriptions de gauche imperdables et en finir au plus vite avec le nucléaire quelles que soient les conséquences, économiques notamment, d’un tel choix.</p>
<p style="text-align:justify;">On se permettra de pointer ici les quelques éléments gênants de ce moment perdu du PS. Eléments qui démontrent, à nouveau, si besoin était, que ce parti aime d’abord et avant tout le pouvoir mais pas l’élection présidentielle.</p>
<p style="text-align:justify;">Première question, simple en apparence : qui est le puissant stratège ou l’habile <em>spin doctor</em> qui a prévu de conclure l’accord de gouvernement avec EELV (et l’accord électoral qui va avec) la semaine de la présentation de l’équipe de campagne du candidat ? C’était s’exposer, <em>a minima</em>, à une collision médiatique. On a été servi.</p>
<p style="text-align:justify;">Deuxième question, tout aussi simple <em>a priori </em>: pourquoi vouloir à tout prix conclure une alliance programmatique et électorale pour les législatives dès lors que ces élections viennent APRES la présidentielle, et que dans cette présidentielle, les candidats PS et EELV vont justement s’affronter au premier tour devant les Français ? <em>Quid</em> de la dynamique de la campagne et de la prise en compte des rapports de force, réels et précis, mesurés par ce premier tour ? D’ailleurs, au passage, un des analystes électoraux d’exception que possède le PS a-t-il signalé à ses responsables que l’électorat d’EELV et l’électorat du PS se recoupaient largement ?</p>
<p style="text-align:justify;">Troisième interrogation : pourquoi concéder des éléments de programme et des circonscriptions détenues par des élus socialistes à des « alliés » dont l’objectif (et la prétention sans cesse affichée, au nom d’une sorte de raison historique inéluctable…) est clairement de se substituer à vous comme parti dominant de la gauche ?</p>
<p style="text-align:justify;">Quatrième question, sur le programme lui-même : pourquoi capituler symboliquement (et en partie matériellement) devant des pétitions de principe et des croyances de nature idéologique qui ne font pas partie de sa propre identité politique ? En clair, pourquoi accepter de défendre, en tout ou en partie, les idées des autres sur l’indépendance énergétique du pays, sur la qualité relative de telle ou telle énergie, etc. ? Ce devrait être aux écologistes de se définir par rapport au PS et non le contraire, sur la question de l’énergie comme sur les autres.</p>
<p style="text-align:justify;">Cinquième et ultime questionnement : pourquoi donner l’impression, tant dans la composition pléthorique et illisible de l’équipe de campagne que dans les négociations-tractations avec EELV que le candidat PS, François Hollande, ne peut assumer seul, devant l’opinion, sa marche en avant présidentielle ? Qu’il a besoin de toutes les béquilles possibles pour le faire ? Comme s’il devait sans cesse, plutôt que de se concentrer sur la difficulté et la hauteur de sa tâche, passer son temps et dépenser son énergie à gérer le quotidien, les susceptibilités et les imprévus.</p>
<p style="text-align:justify;">Lui, comme ses multiples lieutenants, capitaines, conseillers spéciaux, ambassadeurs et autres porte-parole&#8230; ne cessent de dire qu’il est dans la présidentialisation, au « niveau présidentiel », qu’il se met dans le costume du candidat à l’élection suprême, etc. alors que toute image, toute parole, toute impression de la campagne depuis la primaire, montre et démontre le contraire : un candidat muet ou aphone face à la crise, un candidat dépassé par son propre parti et ses « négociateurs » sur un élément-clef de son programme présidentiel, et au message brouillé par la cacophonie et la brutalité à son endroit de la part de ses supposés partenaires de gauche.</p>
<p style="text-align:justify;">En face, il y a des candidats présidentiels qui assument pleinement et fermement leur statut : Nicolas Sarkozy bien sûr mais encore Marine Le Pen, et même François Bayrou ou Jean-Luc Mélenchon.</p>
<p style="text-align:justify;">L’élection présidentielle est un combat, une lutte à mort. Elle est un moment de révélation des caractères, pour soi-même et devant les Français. Pas un numéro d’équilibriste aussi doué celui-ci soit-il.</p>
<p style="text-align:justify;">Elle se déroule sur un ring, pas sous un chapiteau.</p>
<br />Classé dans:<a href='http://laurentbouvet.wordpress.com/category/gauche/'>Gauche</a>, <a href='http://laurentbouvet.wordpress.com/category/parti-socialiste/'>Parti socialiste</a>, <a href='http://laurentbouvet.wordpress.com/category/politique/'>Politique</a>  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/laurentbouvet.wordpress.com/2065/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/laurentbouvet.wordpress.com/2065/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/laurentbouvet.wordpress.com/2065/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/laurentbouvet.wordpress.com/2065/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/laurentbouvet.wordpress.com/2065/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/laurentbouvet.wordpress.com/2065/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/laurentbouvet.wordpress.com/2065/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/laurentbouvet.wordpress.com/2065/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/laurentbouvet.wordpress.com/2065/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/laurentbouvet.wordpress.com/2065/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/laurentbouvet.wordpress.com/2065/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/laurentbouvet.wordpress.com/2065/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/laurentbouvet.wordpress.com/2065/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/laurentbouvet.wordpress.com/2065/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laurentbouvet.wordpress.com&amp;blog=810499&amp;post=2065&amp;subd=laurentbouvet&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>La candidate verte ne mûrira pas</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Nov 2011 15:28:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurent Bouvet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gauche]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[écologie]]></category>
		<category><![CDATA[Eva Joly]]></category>
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		<description><![CDATA[Eva Joly, candidate d’Europe-Ecologie-Les Verts à l’élection présidentielle de 2012 vient, coup sur coup, de sortir deux énormités. Deux de plus ajouteront les observateurs attentifs d’une campagne que la candidate fait visiblement tout pour faire entrer dans le Guinness Book &#8230; <a href="http://laurentbouvet.wordpress.com/2011/11/12/la-candidate-verte-ne-murira-pas/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laurentbouvet.wordpress.com&amp;blog=810499&amp;post=2053&amp;subd=laurentbouvet&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><a href="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/11/courge_bouteille_1_gd.jpg"><img class="alignleft  wp-image-2054" title="courge_bouteille_1_gd" src="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/11/courge_bouteille_1_gd.jpg?w=269&#038;h=203" alt="" width="269" height="203" /></a>Eva Joly, candidate d’Europe-Ecologie-Les Verts à l’élection présidentielle de 2012 vient, coup sur coup, de sortir deux énormités. Deux de plus ajouteront les observateurs attentifs d’une campagne que la candidate fait visiblement tout pour faire entrer dans le <em>Guinness Book</em> des records.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-2053"></span>Première sortie, le 7 novembre, lorsqu’elle a déclaré : « Si François Hollande dit &#8216;non&#8217; pour arrêter le chantier de Flamanville, il n&#8217;y aura pas d&#8217;accord. », à quoi elle a ajouté que « L&#8217;accord avec le PS doit intervenir avant notre conseil fédéral du 19 novembre. Au-delà du 19 novembre, il n&#8217;y a plus d&#8217;accord ».</p>
<p style="text-align:justify;">Où l’on voit, dans l’étalage de ses exceptionnelles qualités de négociatrice, combien elle plonge dans l’embarras son parti en pleine négociation électorale avec le PS et qui va être obligé de manger son chapeau sur l’EPR pour sauver quelques circonscriptions (dont celle de sa chef Cécile Duflot). Quelqu’un aurait dû expliquer à Eva Joly que l’évocation du nucléaire dans la doctrine de la dissuasion dite « du faible au fort » ne servait pas à affaiblir encore un peu plus… le faible.</p>
<p style="text-align:justify;">Deuxième moment-clef de la campagne d’Eva Joly en moins de quatre jours, le 11 novembre. Déposant une gerbe (dont il n’a pas été précisé si elle était bio ou non) en hommage aux « mutins de 1917 » au « Mur de la Paix » à Paris, elle a dit : « Je voudrais que nous transformions le 11 novembre en une journée européenne de la paix, que nous arrêtions de penser que c’est l’Allemagne qui a perdu la guerre, que c’est la France qui l’a gagnée, et que nous nous concentrions sur l’essentiel, l’espoir européen […] Au-delà des réfractaires à la guerre, des dizaines de millions de victimes de cette guerre appartiennent dans l’immense majorité au peuple européen. »</p>
<p style="text-align:justify;">Elle réédite ainsi son exploit du 14 juillet dernier, démontrant qu’elle n’a rien compris ni du rapport à l’Histoire et à la mémoire de ses concitoyens ni de la dimension d’incarnation qu’implique toute candidature sérieuse à la fonction présidentielle. Au passage, elle montre aussi qu’elle ne connaît pas grand-chose à l’histoire européenne et à la signification du 11 novembre ! L’évocation étonnante d’un « peuple européen » suffisant à faire état de cette inconscience doublée d’ignorance qui la caractérise.</p>
<p style="text-align:justify;">Plus profondément, les saillies d’Eva Joly risquent de poser un sérieux problème à toute la gauche dans la perspective de 2012. Avoir, pour le candidat du PS, sur son flanc et comme « alliée stratégique », une telle candidate susceptible de porter dans le débat public et demain, qui sait, dans la majorité, de telles propositions, représente un risque à la fois électoral et politique.</p>
<p style="text-align:justify;">La faiblesse de la candidature écologiste et le risque d’un score trop faible au premier tour de la présidentielle limiteront mécaniquement la dynamique possible de la gauche au second. Les sorties navrantes d’Eva Joly ne sont donc pas uniquement le problème des écologistes (et du choix malheureux de leur candidate), elles sont aussi un signal de faiblesse de la gauche face à l’échéance qui l’attend.</p>
<br />Classé dans:<a href='http://laurentbouvet.wordpress.com/category/gauche/'>Gauche</a>, <a href='http://laurentbouvet.wordpress.com/category/politique/'>Politique</a>  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/laurentbouvet.wordpress.com/2053/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/laurentbouvet.wordpress.com/2053/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/laurentbouvet.wordpress.com/2053/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/laurentbouvet.wordpress.com/2053/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/laurentbouvet.wordpress.com/2053/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/laurentbouvet.wordpress.com/2053/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/laurentbouvet.wordpress.com/2053/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/laurentbouvet.wordpress.com/2053/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/laurentbouvet.wordpress.com/2053/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/laurentbouvet.wordpress.com/2053/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/laurentbouvet.wordpress.com/2053/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/laurentbouvet.wordpress.com/2053/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/laurentbouvet.wordpress.com/2053/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/laurentbouvet.wordpress.com/2053/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laurentbouvet.wordpress.com&amp;blog=810499&amp;post=2053&amp;subd=laurentbouvet&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>La nouvelle crise de la conscience européenne</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Oct 2011 14:56:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurent Bouvet</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;" align="center"><a href="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/10/1573389-2107209.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2039" title="1573389-2107209" src="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/10/1573389-2107209.jpg?w=584" alt=""   /></a>En 1998, dans le premier ouvrage collectif du <em>think tank</em> &#8220;Notre Europe&#8221; (<em>France-Allemagne : le bond en avant</em>, Odile Jacob), je publiais un texte qui faisait le point sur le débat (intellectuel) français à propos de la construction européenne, et des modèles possibles pour celle-ci : de la nation à la fédération. A l&#8217;occasion de la crise européenne et de la crise de confiance dans les institutions européennes d&#8217;aujourd&#8217;hui, je republie ce texte qui malgré la différence de contexte, reste d&#8217;actualité.</p>
<p>A télécharger et à imprimer ici : <strong><a href="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/10/nouvellecriseconscienceeuropc3a9enne98.pdf">&#8220;La nouvelle crise de la conscience européenne. L’Europe politique entre nation et fédération. Regards français&#8221;</a>.</strong></p>
<br />Classé dans:<a href='http://laurentbouvet.wordpress.com/category/europe/'>Europe</a>, <a href='http://laurentbouvet.wordpress.com/category/politique/'>Politique</a>, <a href='http://laurentbouvet.wordpress.com/category/vie-intellectuelle/'>Vie intellectuelle</a>  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/laurentbouvet.wordpress.com/2037/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/laurentbouvet.wordpress.com/2037/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/laurentbouvet.wordpress.com/2037/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/laurentbouvet.wordpress.com/2037/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/laurentbouvet.wordpress.com/2037/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/laurentbouvet.wordpress.com/2037/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/laurentbouvet.wordpress.com/2037/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/laurentbouvet.wordpress.com/2037/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/laurentbouvet.wordpress.com/2037/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/laurentbouvet.wordpress.com/2037/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/laurentbouvet.wordpress.com/2037/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/laurentbouvet.wordpress.com/2037/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/laurentbouvet.wordpress.com/2037/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/laurentbouvet.wordpress.com/2037/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laurentbouvet.wordpress.com&amp;blog=810499&amp;post=2037&amp;subd=laurentbouvet&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>La présidentielle, une élection en 3D</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Apr 2011 15:46:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurent Bouvet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L’élection présidentielle est un scrutin d’un genre particulier. Dans les pays où elle permet de désigner au suffrage universel direct le véritable chef de l’exécutif, elle revêt même un caractère exceptionnel. Elle met en effet en jeu trois dimensions très &#8230; <a href="http://laurentbouvet.wordpress.com/2011/04/11/la-presidentielle-une-election-en-3d/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laurentbouvet.wordpress.com&amp;blog=810499&amp;post=1916&amp;subd=laurentbouvet&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><a href="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/04/lunette3d.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1917" title="lunette3d" src="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/04/lunette3d.jpg?w=584" alt=""   /></a>L’élection présidentielle est un scrutin d’un genre particulier. Dans les pays où elle permet de désigner au suffrage universel direct le véritable chef de l’exécutif, elle revêt même un caractère exceptionnel. Elle met en effet en jeu trois dimensions très différentes de l’action publique que doit impérativement et simultanément maîtriser le candidat s’il veut l’emporter.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-1916"></span>La première de ces dimensions, horizontale, est celle de la représentation. Le candidat à l’élection présidentielle est celui d’un camp et le plus souvent d’un parti. Il défend un programme et des propositions qui représentent des intérêts identifiables (ceux de classes sociales traditionnellement) et situés dans l’espace politique national. Il se bat sur des enjeux conflictuels et des clivages ; ceux-ci étant souvent l’héritage d’une tradition et d’un mouvement historique portés par un parti.</p>
<p style="text-align:justify;">La deuxième dimension, verticale, de la présidentielle, c’est l’incarnation. Le candidat est le futur président de tous les Français, il doit donc incarner tout à la fois le pays dans sa diversité, la République et la Nation. Il doit s’adresser à la société dans son ensemble, en mettant en avant voire en exaltant des principes unificateurs et des valeurs qui rassemblent les Français, par-delà leurs différences et au-delà de leurs divisions politiques, économiques et sociales.</p>
<p style="text-align:justify;">La troisième dimension, en profondeur, est celle de la narration. Le candidat à l’élection suprême doit raconter une histoire. La particularité et la difficulté ici est que cette histoire doit être simultanément adressée à son camp et au pays et qu’elle doit être la même. Il doit également s’agir d’une histoire dans laquelle le candidat inscrit la sienne propre, tout en dessinant, par la puissance de son verbe et grâce à la cohérence de cette histoire avec son action et son comportement, une vision d’avenir pour le pays qu’il prétend conduire.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La représentation : un programme de gouvernement et des enjeux conflictuels</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Lors d’une élection présidentielle, le candidat est d’abord le porteur des valeurs, des intérêts et des idées de son camp. C’est par lui que passe la synthèse des courants et des sensibilités qui le traversent. C’est pourquoi le programme du candidat doit s’appuyer sur celui de son parti et plus profondément sur sa tradition et son histoire, aussi ancienne et complexe soient-elles. Ce qui implique qu’il puisse librement s’approprier les propositions émanant de son camp quand il n’a pas tout simplement ordonné ou dirigé la rédaction du programme qui sera le sien en même temps que celui de son parti.</p>
<p style="text-align:justify;">La particularité déterminante de cette dimension représentative tient au caractère nécessairement conflictuel des enjeux qu’un tel programme met en avant. Des enjeux qui distinguent, par exemple, nettement la gauche de la droite. C’est en effet dans cette dimension que se joue l’identification du candidat à un camp et la différenciation avec l’autre camp. Un candidat à l’élection présidentielle doit donc être capable de mettre en évidence les points saillants de son programme, ceux qui le distinguent de son ou ses adversaires.</p>
<p style="text-align:justify;">Ainsi, par exemple, pour le candidat du Parti socialiste à l’élection française, un programme présidentiel doit-il impérativement traiter de l’égalité, des mesures fiscales destinées à améliorer la justice sociale, du rôle de l’Etat ou encore de la défense du service public. Sur ce dernier point, en particulier, se démarquer de la droite en la matière suppose notamment de s’opposer à la fois à la réduction aveugle des effectifs, à la privatisation et aux méthodes de management inadaptées.</p>
<p style="text-align:justify;">De tels axes programmatiques, articulés autour de clivages, doivent être peu nombreux afin de jouer pleinement leur double rôle d’identification et de démarcation. L’essentiel étant, dans cette dimension de la représentation, de bien mettre l’accent sur la différence avec l’adversaire, d’insister sur ce qui distingue et sépare, qu’il s’agisse de diagnostic ou de proposition. La représentation des intérêts de son camp et la dimension programmatique ne pouvant en aucun cas faire l’objet d’un discours consensuel.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>L’incarnation : des principes communs et des enjeux consensuels</strong></p>
<p style="text-align:justify;">En France, le candidat à la présidence de la République doit se considérer, dès le premier tour, comme le potentiel futur « président de tous les Français » selon l’expression consacrée. Il doit donc dès la campagne du premier tour elle-même – et pas seulement entre les deux tours –, montrer qu’il est capable de dépasser les frontières de son propre camp sur certains enjeux et en certaines occasions. Ceux-ci fonctionnent comme des points de rassemblement des Français qui ne supportent pas qu’on trivialise ou qu’on instrumentalise une telle dimension à des fins partisanes. C’est pourquoi le candidat doit être capable, très rapidement dans la campagne, d’incarner le pays tout entier en mettant en avant les valeurs et les enjeux consensuels. En se posant, par exemple, en garant d’institutions républicaines qu’il doit impérativement respecter et valoriser.</p>
<p style="text-align:justify;">Il s’agit très souvent d’éléments<strong> </strong>symboliques qui unissent les Français malgré leurs divisions politiques, économiques ou sociales : l’esprit républicain, la continuité historique du pays, la construction nationale, etc. Le candidat doit démontrer, par exemple, sa capacité à saisir, dans la profondeur historique, la construction nationale française. Ainsi, un candidat de gauche à l’élection présidentielle qui proposera, dans la dimension représentative, une vision égalitaire de la société ancrée dans l’héritage révolutionnaire, devra-t-il être capable, dans le même temps, de comprendre et de « dire », comme Péguy : « La République, notre royaume de France ». Il devra montrer qu’il est capable de prendre en charge la totalité de ce qu’est la France, dans son entier et dans sa complexité.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est un point essentiel pour la gauche et pour les socialistes en particulier, car ils ont largement abandonné depuis François Mitterrand cette dimension d’incarnation et d’unification, par-delà les divisions nationales, en privilégiant quasi-uniquement la dimension représentative – celle-ci étant empreinte de surcroît d’un économisme et d’un technocratisme délétères. Ils ont commis cette erreur fondamentale en raison notamment d’une conception faussée de ces enjeux qu’ils perçoivent comme conflictuels. La Nation a été abandonnée à la droite, et souvent à une droite extrême, en raison du danger nationaliste ; la République a été délaissée de la même manière parce qu’elle ne serait plus un « modèle » efficace pour intégrer les différences identitaires ou encore parce que son « universalisme » a pu être un synonyme d’oppression et de domination plutôt que d’émancipation dans le passé ; la laïcité est souvent apparue comme dépassée en raison de « l’évolution de la société », notamment du fait d’un problème nouveau et spécifique que poserait l’islam par rapport aux autres religions dans le cadre national.</p>
<p style="text-align:justify;">Dans cette perspective, un candidat socialiste à l’élection présidentielle doit au contraire, pour retrouver la dimension d’incarnation, réinvestir ces trois terrains (Nation, République, laïcité). Car ils sont non seulement un élément-clef de la construction historique du socialisme mais surtout, plus largement, un héritage commun des Français, le socle du contrat social qui les unit. Le candidat à l’élection présidentielle doit donc être le porteur de l’idéal républicain et de la continuité de l’exigence laïque tout en étant celui qui comprend l’histoire nationale dans tous ses aspects, et incarne <em>in fine </em>la Nation (et pas seulement l’Etat !) aux yeux de ses concitoyens et à l’étranger. Pour ce faire, le candidat doit impérativement donner tous les signes d’une parfaite compréhension et d’une maîtrise intime de ces valeurs. Son langage et sa tenue en public, l’utilisation de références communes du patrimoine culturel et historique mais aussi la connaissance des débats sur l’Histoire doivent être des préoccupations majeures pour lui dans la campagne, en particulier lors de moments d’expression solennels ou médiatiques.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La narration : la mise en cohérence et la vision d’ensemble</strong></p>
<p style="text-align:justify;">La narration, c’est ce qui permet à la fois d’unir les deux dimensions précédentes et de donner une cohérence à une candidature à l’élection présidentielle. Ce n’est pas seulement de la communication politique ou du <em>storytelling</em>, cela va bien au-delà. C’est à la fois la capacité de dire les choses avec des mots qui parlent à tous, directement, c’est-à-dire un langage qui soit à la fois authentique et prospectif. Cette dimension passe bien évidemment par le candidat lui-même, par sa personnalité propre, par ce qu’il est, par ce qu’il fait et a fait, par ce qu’il dit de lui et ce que son histoire personnelle dit de lui. Il s’agit d’un rapport intime et sincère, entre ce qu’est le candidat (sa vie, sa carrière, les valeurs qu’il a toujours portées…) et ce qu’il propose.</p>
<p style="text-align:justify;">Le moindre décalage, en raison d’une insincérité ou d’un manque d’authenticité notamment, peut le condamner aux yeux de l’opinion, que ce soit immédiatement ou à terme. Cette dimension peut donc difficilement être « jouée ». L’exemple de Nicolas Sarkozy en 2007 est de ce point de vue tout à fait frappant. Il a joué pendant la campagne un personnage en décalage par rapport à ce que ce qu’il est réellement, à la manière dont il perçoit et veut accomplir les choses. Ce jeu a contribué avec d’autres éléments (son programme et son discours d’incarnation) à la réussite de sa campagne et à son élection. Mais ce décalage entre l’image et la réalité ne lui a pas permis ensuite de présider dans de bonnes conditions. On peut mentir, de ce point de vue, pendant quelques semaines mais assurément pas dans la durée et surtout pas une fois au pouvoir lorsqu’il faut agir et décider et plus seulement discourir. Il faut donc que dès la campagne, « l’authenticité à lui-même » du candidat apparaisse aux yeux des Français. Il faut « parler vrai » en parlant de soi.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette dimension prend tout son sens à travers l’histoire que raconte au pays, à ses concitoyens et aux électeurs, le candidat. Non pas simplement une histoire personnelle, sur le mode biographique (et surtout pas hagiographique ou anecdotique…), mais plutôt sur la manière dont cette histoire personnelle peut rejoindre celle du pays, la manière dont elle se fond dans celle-ci et dont elle l’illustre à la fois : héritage familial, parcours scolaire, engagement politique, carrière, goûts…</p>
<p style="text-align:justify;">En s’inscrivant ainsi personnellement dans l’histoire collective, le candidat peut dessiner un avenir pour le pays, et celui-ci peut à son tour se projeter dans cette candidature. C’est cette troisième dimension qui permet de lier les deux premières et de former un ensemble à la fois complet et cohérent : à travers elle, il représente et incarne à la fois. Ce qui favorise l’identification non seulement de ceux qui voteront pour lui parce qu’ils le suivent sur son programme (la représentation) mais également de ceux qui, même s’ils ne votent pas pour lui en raison de ce programme, lui feront malgré tout confiance pour être présent dans les grandes occasions et dans les moments difficiles, qui lui sauront gré de ne pas faire honte au pays mais plutôt d’en exposer aux yeux de tous une image digne, appréciable et respectée (l’incarnation). On peut ne pas être d’accord avec un candidat, trouver que son programme est contraire à ce que l’on pense, croit ou à des intérêts bien compris tout en le respectant, en lui faisant confiance pour l’essentiel. C’est dans cette perspective de décalage entre les deux premières dimensions que la narration joue son rôle primordial.</p>
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		<title>Le sens du peuple</title>
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		<pubDate>Thu, 07 Apr 2011 07:45:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurent Bouvet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La préparation de l’élection présidentielle française de 2012 a récemment vu resurgir un acteur politique qui avait pu sembler un temps oublié : le peuple. Qu’il soit évoqué, convoqué ou invoqué par les candidats putatifs, son impérieuse reconquête est annoncée comme &#8230; <a href="http://laurentbouvet.wordpress.com/2011/04/07/le-sens-du-peuple/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laurentbouvet.wordpress.com&amp;blog=810499&amp;post=1911&amp;subd=laurentbouvet&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><a href="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/04/delacroix_la_liberte_guidant_le_peuple.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1912" title="delacroix_la_liberte_guidant_le_peuple" src="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/04/delacroix_la_liberte_guidant_le_peuple.jpg?w=584" alt=""   /></a>La préparation de l’élection présidentielle française de 2012 a récemment vu resurgir un acteur politique qui avait pu sembler un temps oublié : le peuple. Qu’il soit évoqué, convoqué ou invoqué par les candidats putatifs, son impérieuse reconquête est annoncée comme la grande stratégie par ceux qui veulent compter lors de cette élection. Il faut « aller au peuple », « le comprendre » voire « lui donner raison ». Est-ce vraiment une nouveauté ? Une élection présidentielle est toujours une affaire de rencontre, directe et immédiate, entre le peuple souverain et les candidats. La dernière en date, en 2007, a été le moment d’une très forte mobilisation électorale, à rebours de la tendance générale de montée de l’abstention. Sa nature même, son mode de scrutin, mettent face à face celui ou celle qui s’y présente, en son nom propre, et les électeurs non comme simple addition de citoyens mais comme un tout : à la fonction représentative traditionnelle de la démocratie, cette élection ajoute une dimension d’incarnation. L’élu devenant le président de « tous les Français » selon la formule consacrée.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-1911"></span>Pourtant cette fois-ci, l’ampleur de la crise économique et sociale, la profondeur des inquiétudes et de l’affaissement moral, le sentiment d’un déclin national et européen semblent conférer au peuple une dimension nouvelle, une aura salvatrice ; comme si le sursaut ne pouvait passer que par lui, par son retour à l’avant-scène de la politique. Face à ce nouvel impératif, le danger a vite été perçu par les commentateurs les plus rôdés et les plus blasés de la chose politique : le populisme. Faut-il vraiment solliciter ainsi le peuple, lui faire une telle confiance ? La démocratie moderne n’est-elle pas précisément le processus de sa civilisation, celui par lequel étant rendu « introuvable »<a href="#_ftn1">[1]</a>, ses pires effets politiques sont neutralisés ? N’est-il pas cette masse obscure et dangereuse, cette populace que les Anciens, déjà, craignaient comme une peste politique ? Et, plus encore, l’expérience totalitaire du XXe siècle n’a-t-elle pas montré, définitivement, qu’on ne pouvait plus en appeler impunément à lui à l’âge des masses ?</p>
<p style="text-align:justify;">Entre injonction populaire et danger populiste, le chemin est étroit. C’est pourtant celui de la démocratie contemporaine dès lors qu’elle est prise au sérieux, et non confisquée par ses élites de toutes sortes, au risque de leur condamnation sans discernement. Or ce chemin, c’est celui que la gauche française devra emprunter si elle veut non pas simplement gagner à nouveau une élection nationale mais gouverner dans la durée, c’est-à-dire non seulement le pays mais encore la société. Sans ce « sens » du peuple – à la fois sa signification, sa direction et sa raison – la gauche peut en effet difficilement espérer être elle-même. Ainsi, par exemple, la gauche devra-t-elle prendre conscience, à la manière de Jaurès à propos du patriotisme et de l’internationalisme, que si beaucoup de populisme éloigne de la démocratie, un peu en rapproche ; qu’il faudra, finalement, apprendre à l’apprivoiser en le « dialectisant » plutôt que de le diaboliser.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Le peuple en crise</strong></p>
<p style="text-align:justify;">A l’âge de la mondialisation, de l’ouverture des frontières et du triomphe d’un individualisme consumériste, le peuple a vite fait d’apparaître comme une forme politique désuète voire obsolète. Emporté par les naufrages du nationalisme, du communisme et, plus généralement, la fin des grands récits et affrontements idéologiques qui ont structuré les XIXe et XXe siècles, le peuple social (celui de l’émancipation économique par la lutte collective) comme le peuple national (celui de la reconnaissance identitaire exclusive) ont cessé d’être des références centrales pour devenir l’apanage exclusif des marges de la politique, à gauche ou à droite. Seule la troisième figure du peuple contemporain, le peuple démocratique, celui de la communauté des citoyens souverains, semble avoir tenu bon jusqu’à aujourd’hui mais non sans être à la fois dévoré de toutes parts par la passion de l’individualisme, comme l’avait annoncé Tocqueville, et souvent brandi de manière purement nominale, comme une forme institutionnelle obligée mais vide de tout contenu politique.</p>
<p style="text-align:justify;">Or la cohérence profonde des sociétés occidentales ces deux derniers siècles tenait à l’existence à la fois symbolique et réelle de ces trois peuples et à leur recoupement parfois conflictuel mais toujours créateur de politique. La nation était à la fois le cadre de la démocratie et de la solidarité ; le régime démocratique était le meilleur moyen de répondre à des revendications sociales antagonistes sans mettre à bas l’unité nationale et la « question sociale » permettait d’organiser le débat politique sur une base d’intérêts rationnels et raisonnables en détournant les revendications identitaires centrifuges.</p>
<p style="text-align:justify;">Ces trente dernières années, cette forme d’équilibre synthétique entre ces trois peuples issus des trois grandes « questions » posées aux sociétés contemporaines depuis la Révolution française s’est rompue. La marche forcée vers la mondialisation, la fuite en avant de la construction européenne, la perversion du matérialisme par le consumérisme ou encore les tentations identitaires de toutes sortes ont eu raison du fragile édifice dont la France et les Français ont, comme d’autres, bénéficié à plein pendant les décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale.</p>
<p style="text-align:justify;">Aujourd’hui, les appels incantatoires au peuple viennent avant tout de cette dislocation, quelles que soient les intentions qui les animent. L’émergence de nouvelles formes de populisme en particulier tient à ce sentiment d’inadéquation des formules institutionnelles non seulement à représenter des réalités ignorées par des élites – considérées comme coupables et discréditées – mais encore à répondre aux difficultés de tous ordres qui s’avancent : qu’il s’agisse d’une économie antisociale, d’une ouverture des frontières destructrice de l’identité nationale ou d’une démocratie faussement représentative.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La double nature du populisme</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Au-delà du caractère polysémique du terme et des nombreuses typologies possibles qui permettent d’en comprendre le sens<a href="#_ftn2">[2]</a>, le populisme, on constate qu’il renvoie d’abord, dans son acception européenne – alors que ce n’est pas le cas aux Etats-Unis où le terme a une connotation beaucoup plus positive en référence au mouvement éponyme de la fin du XIXe siècle –, aux heures les plus sombres de l’histoire du continent. Il fait immédiatement référence aux manipulations du désespoir populaire, à l’usage du peuple en vue de l’accomplissement de buts inavoués, à l’incantation d’une unité de celui-ci contre l’élite ou encore à son caractère nécessairement moral voire purificateur. Bref, le populisme n’est ni une doctrine ni une idéologie définie <em>a priori</em> mais plutôt un « style politique » qui colore de manière indélébile une idée ou un mouvement qui s’en réclame ou en use, qu’il s’agisse d’un conservatisme ou d’un progressisme, d’un mouvement révolutionnaire ou démocratique.<a href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p style="text-align:justify;">La difficulté de compréhension du populisme tient aussi à ce que cette vision dépréciative n’épuise pas la richesse du sujet. Car le populisme peut aussi se lire comme un signal d’alerte, comme un cri politique poussé au nom du peuple, comme un mal nécessaire de la démocratie. Comme si, finalement, le populisme était le nom, simplifié et englobant, pour dire les travers et les ambiguïtés de la démocratie moderne elle-même, celle des aspirations nationales et sociales à l’ère des masses. Dès lors, dans ce sens, non seulement le populisme est indispensable pour comprendre ce qui est à l’œuvre mais encore pleinement légitime. Comme s’il n’en fallait pas trop certes mais tout de même un peu pour être véritablement démocrate.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce populisme comme critique avant de s’ériger en solution politique peut donc conduire à une saine interrogation sur nos pratiques démocratiques. Ainsi, par exemple, l’anti-élitisme que l’on retrouve à un titre ou à un autre dans tous les populismes peut-il faire figure, avant d’être une condamnation sans discernement de tout corps dirigeant, d’utile rappel adressé à ceux qui fixent les règles dans une société – de surcroît dans une démocratie où les règles sont réputées déterminées par le peuple. Et de là, au fait qu’ils se doivent de les respecter aussi scrupuleusement que la manière dont ils exigent ce même respect de la part de ceux qui les subissent. Le populisme peut ainsi être interprété comme le symptôme de la perte du sens du peuple de la part d’une élite politique dans une démocratie, là où le peuple sert précisément de référence.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La gauche sans le peuple</strong></p>
<p style="text-align:justify;">C’est incontestablement à gauche que cette perspective de détachement du peuple pose le plus de problèmes, compte tenu du caractère indissociable des deux occurrences – et pour une large part des réalités sociales auxquelles elles renvoient – dans l’histoire politique contemporaine. La gauche sans le peuple ne saurait en effet être véritablement la gauche. Plus encore que pour toute autre force politique, l’éloignement du peuple est considéré, à gauche, comme un reniement, une perte ou un crime. Aussi la prétention de représenter voire d’incarner à soi seul le peuple fut-elle courante dans l’histoire de la gauche. Elle a même suscité des conflits violents entre les forces qui s’en réclamaient dont le plus important fût celui opposant le communisme au socialisme démocratique au XXe siècle.</p>
<p style="text-align:justify;">La fin du communisme en 1989 a en quelque sorte réglé cette question de la légitimité historique de la social-démocratie à incarner l’héritage du mouvement ouvrier – même si la contestation de l’extrême-gauche est parfois encore virulente en la matière, elle ne pèse plus guère que du poids des maigres avant-gardes qu’elle projette d’élection en mouvement social. Toutefois, et paradoxalement, en acquérant une quasi-hégémonie politique dans le champ de la gauche de gouvernement, le socialisme a perdu une bonne part de la confiance populaire dont il jouissait dans les régimes sociaux-démocrates européens – ceux d’Europe du Nord au sens strict mais plus généralement là où le fameux « compromis social-démocrate » avait su entremêler démocratiquement pendant des décennies les intérêts économiques et les aspirations sociales d’une vaste classe centrale de travailleurs dans le cadre national.</p>
<p style="text-align:justify;">A partir des années 1990-2000, la social-démocratie en Europe aurait ainsi perdu la confiance populaire, et donc peu à peu le pouvoir, parce qu’elle n’aurait pas su se distinguer du libéralisme économiquement dominant. Les sociaux-démocrates devenus des sociaux-libéraux en suivant notamment le modèle de l’époque, le <em>New Labour</em> de Tony Blair, n’auraient non seulement pas mieux géré leur pays que la droite mais encore ils auraient accepté massivement les dérives de l’économie de marché : mondialisation, dérégulation, privatisation, financiarisation, délocalisation, flexibilisation du travail, etc. Et même une fois rejetés dans l’opposition, tout en se remettant à « parler à gauche », ils n’en auraient pas moins continué de penser en libéraux. Bref, la social-démocratie aurait trahi son <em>ethos</em> en même temps que sa base sociale par dérive droitière – comme à son habitude ajouterait l’observateur attentif de l’histoire de la gauche.<a href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p style="text-align:justify;">Si cette explication de la perte du sens du peuple par la brouille des repères économiques et sociaux, la plus courante, est en partie vraie, elle n’en demeure pas moins largement insuffisante. A la fois parce que l’inventaire des résultats économiques et sociaux de la social-démocratie européenne ces vingt dernières années est bien évidemment plus contrasté qu’il n’y paraît – sans même parler des importantes différences nationales que l’on laisse volontairement ici de côté –, et parce que la mise en avant de tels critères pour juger de l’action publique conduit à passer à côté sinon de l’essentiel du moins du niveau plus fondamental auquel se joue l’évolution politique des sociétés contemporaines. L’enjeu populaire pour la social-démocratie dépasse désormais très largement la simple considération de sa plus ou moins grande conversion au libéralisme dans le domaine économique et social, il touche par exemple à l’impensé libéral de la gauche en matière culturelle et morale<a href="#_ftn5">[5]</a>, à son adhésion sans coup férir au multiculturalisme non comme un simple fait social mais comme une véritable idéologie de substitution à celle, perdue, de l’égalitarisme.<a href="#_ftn6">[6]</a> On remarquera, au passage, que s’en tenir à cette forme dominante d’économisme pour tenter d’expliquer leurs échecs comme leurs succès n’a pas beaucoup aidé jusqu’ici les dirigeants de gauche. C’est donc plus fondamentalement, en termes de « valeurs » ou de préconditions (du modèle économique et social donc) que cet enjeu doit être pensé.</p>
<p style="text-align:justify;">Ne serait-ce que parce que des forces politiques de droite et d’extrême-droite ont visiblement compris tout l’intérêt qu’il y avait à dépasser cet économicisme en mettant en avant des considérations identitaires. Au cours de la dernière décennie, ces forces politiques ont rencontré, partout en Europe et souvent avec profit sur le plan électoral, des aspirations populaires qui ont été délaissées par la gauche : le travail bien sûr mais aussi l’identité nationale, le modèle d’autorité social-familial, le sens de l’appartenance et de la protection collective, etc. Des aspirations, et donc des valeurs, que la gauche, voyant dériver par pans entiers les couches populaires qui la soutenaient traditionnellement, s’est peu à peu habituée à dénoncer comme populistes, oubliant ce qu’elles avaient de populaires.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est de là que l’on peut dater, et déplorer, l’absence de tout sens dialectique quant au populisme de la part d’une gauche sinon aveugle du moins borgne. Précisément du rejet d’aspirations populaires désormais considérées comme <em>a priori</em> dangereuses. Ce rejet s’est opéré dans un double mouvement : d’une part la stigmatisation de la figure populaire nationale comme d’un « Dupont Lajoie » raciste, xénophobe, sexiste et homophobe<a href="#_ftn7">[7]</a> ; et, d’autre part, l’exaltation de la différence identitaire culturelle comme d’un bienfait en soi pour la société. Les « petits Blancs » repérés depuis longtemps aux Etats-Unis ont en quelque sorte subi un double abandon de la part de la gauche au moment même où la crise économique les frappait de plein fouet (chômage de masse, précarité…) alors qu’ils étaient en contact de plus en plus étroit avec un processus de « multiculturalisation » de fait de la société (compétition pour le travail non qualifié, délimitation de zones d’habitation non choisies, concurrence dans l’accès aux biens sociaux fondamentaux, etc.).<a href="#_ftn8">[8]</a></p>
<p style="text-align:justify;">A titre d’exemple, on trouve une illustration frappante de cette évolution dans la réorientation en France, à partir des années 1980 et sous les gouvernements de gauche en particulier, de nombreuses politiques publiques (culture, ville, logement, éducation…) dont l’objectif était, plus ou moins implicitement selon les cas, la reconnaissance et la valorisation des différences et des identités plutôt que leur intégration <em>mezza voce</em> dans un ensemble commun.<a href="#_ftn9">[9]</a> Or depuis cette époque, et même si ce n’est pas dû spécifiquement à ces politiques publiques, non seulement la situation économique et sociale des catégories populaires s’est profondément dégradée (accroissement des inégalités salariales et de revenus, généralisation du sentiment de déclassement, absence de mobilité sociale…) mais encore les éléments identitaires et culturels qui auraient pu leur permettre de continuer de se reconnaître comme partie prenante de la société ont été présentés non seulement comme ringards et dépassés mais, plus encore, comme dangereux parce qu’à la fois responsables historiquement de la domination de minorités distinctes (sexisme, homophobie, colonialisme, racisme…) et coupables de discriminations <em>hic et nunc</em> à l’égard de ces mêmes minorités.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Retrouver le sens du peuple</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Aujourd’hui, et dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012, la gauche française doit donc interroger à nouveaux frais cette histoire récente afin d’en comprendre les conséquences sur sa situation politique. C’est-à-dire non seulement l’éloignement du pouvoir national mais encore la perte durable de toute hégémonie sur la société au sens gramscien. De plus, elle doit désormais faire face à une menace néopopuliste qui se précise en la personne de Marine Le Pen. Une menace qui, au-delà des atours traditionnels du populisme d’extrême-droite (anti-élites, anti-Europe, anti-immigration, sécuritarisme…), s’appuie désormais ouvertement sur les ambiguïtés et les incohérences de l’idéal multiculturaliste de la gauche afin de convaincre de nouveaux électeurs de se tourner vers le Front national. Dans cette circonstance, continuer de défendre sous différentes formes et à travers différentes propositions de politiques publiques, un droit à la différence voire un devoir de diversité des « minorités » qu’il s’agisse pêle-mêle des femmes, des homosexuels ou des immigrés de confession musulmane pourrait s’avérer dévastateur politiquement.</p>
<p style="text-align:justify;">Marine Le Pen a en effet choisi de rompre avec la rhétorique traditionnelle de son père sur ce thème (le FN était jusqu’ici contre l’idée même de minorité multiculturaliste) en s’opposant spécifiquement aux immigrés « d’origine musulmane » au nom de la menace qu’ils font peser sur les droits individuels post-matérialistes et la laïcité !<a href="#_ftn10">[10]</a> Et tout cela en s’emparant sans vergogne des proclamations économiques et sociales traditionnelles de la gauche : plus d’égalité, de service public et d’Etat. Le risque n’est dès lors plus seulement celui d’un « gaucho-lepénisme » tel qu’il a été théorisé il y a une quinzaine d’années par Pascal Perrineau ou même de « l’ouvriéro-lepénisme » de Nonna Mayer<a href="#_ftn11">[11]</a>, il s’agit désormais d’une menace qui pèse sur le cœur de l’électorat restant de la gauche de gouvernement française : les catégories moyennes et supérieures urbaines et diplômées.</p>
<p style="text-align:justify;">Face à cette menace et, bien entendu, à une droite à nouveau emmenée par un Nicolas Sarkozy qui ne se privera pas d’utiliser lui aussi les leviers du populisme qu’il avait déjà actionnés en 2007, la gauche est au pied du mur. L’absence de toute réflexion de fond pendant des années sur les questions dites, bien improprement, « de société » se fait sentir. Or ce ne sont ni les projets fiscaux, aussi audacieux soient-ils<a href="#_ftn12">[12]</a>, ni la démultiplication des programmes sociaux pour tous les âges de la vie ainsi que le propose le Parti socialiste dans son projet sur « l’égalité réelle » ni même l’usage aléatoire de notions puisées dans les sciences sociales anglosaxonnes comme le <em>care</em> qu’a avancée Martine Aubry<a href="#_ftn13">[13]</a>, qui permettront d’apporter une solution politique durable. Si gagner l’élection est toujours possible dans une conjoncture donnée, gouverner dans le temps est un exercice bien plus difficile sans un projet correspondant à une vision d’ensemble de la société répondant de manière cohérente et convaincante à la variété des demandes sociales.</p>
<p style="text-align:justify;">Les pistes que pourrait suivre un tel projet de « reconquête du peuple » par la gauche se dessinent néanmoins assez clairement, même si ce n’est qu’en creux pour le moment, à la lecture de l’évolution actuelle en France et en Europe. Un premier élément de ce projet, le plus évident et le plus débattu aujourd’hui, consistera certainement en la définition d’une politique volontariste de forte réduction des inégalités creusées depuis des années : entre revenus, entre situations face au travail, entre zones d’habitat (ville, banlieue, péri-urbaine, rurale), entre possibilités offertes concernant les grands biens sociaux (éducation, environnement, santé, culture…), etc. La situation est connue et les projets pour y remédier abondent.<a href="#_ftn14">[14]</a> A titre d’exemple, on évoquera l’idée de supprimer les rentes indues sous toutes leurs formes en indemnisant les « perdants » ou encore la lutte prioritaire contre les effets dévastateurs de l’individualisme réduit à un matérialisme consumérisme, celui du « Monstre doux » mis en exergue par Raffaele Simone, font partie de ces solutions envisageables très rapidement.<a href="#_ftn15">[15]</a> Mais si c’est un point essentiel d’un projet de gauche, il ne saurait suffire et n’épuise pas la question, car les préconditions politiques, sociales et culturelles d’un tel changement de stratégie économique sont nombreuses.</p>
<p style="text-align:justify;">Un second enjeu renvoie précisément à l’équilibre nouveau qu’il faudra trouver dans les années à venir entre le cadre national et le cadre européen. La période de la construction européenne par les grands traités communautaires semble révolue et l’Europe politique n’est pas advenue. Elle n’est pas devenue cet espace « post-national » qui devait protéger les puissances européennes désormais moyennes des effets de leur déclin, elle n’a pas servi de bouclier contre les effets de la mondialisation mais plutôt de Cheval de Troie de celle-ci. Le retour conjoint des débats sur le protectionnisme et l’utilité d’une monnaie unique d’une part, sur l’identité nationale de l’autre dans des pays aux frontières « ouvertes » montre que la perspective européenne ne pourra plus s’inscrire dans la continuité de ce qui s’est déroulé ces cinquante dernières années. L’Europe pourra difficilement désormais se faire, selon la formule consacrée, « contre les peuples ».</p>
<p style="text-align:justify;">Un tel projet ne pourra pas non plus faire l’impasse sur la remise en cause profonde par la gauche de son idéal en forme d’illusion qu’est le multiculturalisme. A la fois pour les nombreuses raisons que l’on a évoquées ici mais aussi parce qu’ériger en doctrine politique un fait social, même majeur, tel que la composition de plus en plus multiculturelle des sociétés européennes du fait de l’immigration massive (de travail puis familiale) d’origine extra-européenne est une erreur lourde de conséquences. La valorisation de la différence identitaire de l’individu et l’appel normatif à la reconnaissance de certains groupes désignés comme « minorités » dans l’espace public a conduit une grande partie de la gauche à considérer que le multiculturalisme pouvait être une solution à la crise identitaire multiforme que vivent les sociétés européennes depuis la fin des années 1960 plutôt qu’un problème social à résoudre pour espérer en sortir. Elle a aussi entraîné la gauche vers des formes de libéralisme culturel et moral – vers un individualisme identitaire notamment – en contradiction ouverte avec l’affichage de son antilibéralisme économique et social.<a href="#_ftn16">[16]</a></p>
<p style="text-align:justify;">Enfin, on peut également imaginer un nouveau fil narratif qui permettrait d’unifier, lors d’une campagne présidentielle par exemple en adéquation avec la personnalité du candidat, cette quête du sens du peuple. L’inspiration pourrait alors se trouver du côté de George Orwell lorsqu’il évoque l’idée de « décence ordinaire » (<em>common decency</em>) à propos du peuple précisément. Un peuple dans lequel il voit un mélange de qualité morale, de tenue dans le comportement social et d’estime de soi.<a href="#_ftn17">[17]</a> Un peuple du bon populisme, celui justement que la gauche pourrait utilement se réapproprier non seulement pour faire pièce aux mauvais qui émergent de manière toujours plus saillante en temps de crise mais encore pour gagner et gouverner durablement la société en conformité avec ses valeurs.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Notes</strong></p>
<div style="text-align:justify;">
<hr size="1" />
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<p><a href="#_ftnref1">[1]</a> Pierre Rosanvallon, <em>Le Peuple introuvable</em>, Paris, Gallimard, 1998.</p>
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<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> Jacques Julliard en donne un bon aperçu dans son article « Populisme », <em>Le Débat</em>, n°160, mai-août 2010, p. 250-258 à partir notamment de l’ouvrage de référence sur le sujet de Margaret Canovan, <em>Populism</em>, Londres, Junction Bock, 1981.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref3">[3]</a> Sur la définition du populisme comme « style politique », voir la « préface à la nouvelle édition » de Pierre-André Taguieff, <em>L’Illusion politique. Essai sur les démagogies à l’âge démocratique</em>, Paris, Champs-Flammarion, 2007.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref4">[4]</a> Voir notamment sur ce point, Alain Bergounioux &amp; Gérard Grunberg, <em>L’Ambition et la remords. Les socialistes français et le pouvoir (1905-2005)</em>, Paris, Fayard, 2005.</p>
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<div>
<p><a href="#_ftnref5">[5]</a> Laurent Bouvet, « Les contradiction de l’antilibéralisme », <em>Le Débat</em>, n°159, mars-avril 2010, p. 155-158.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref6">[6]</a> On trouve un aperçu radical de cette thèse de la « substitution » de la diversité culturelle à l’égalité sociale dans Walter Benn Michaels, <em>La Diversité contre l’égalité</em>, tr. fr., Paris, Raisons d’Agir Editions, 2009.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref7">[7]</a> « Dupont Lajoie » est le titre d’un film d’Yves Boisset (1975) qui met en scène un personnage de ce type. Voir sur ce point la notion de « prolophobie » esquissée par Gaël Brustier &amp; Jean-Philippe Huelin, <em>Recherche le peuple désespérément</em>, Paris, Bourin Editeur, 2009, p. 84 sq.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref8">[8]</a> Les travaux du géographe Christophe Guilly sur la France péri-urbaine donnent un bon aperçu de cette évolution. Voir notamment ses <em>Fractures françaises</em>, Paris, Bourin Editeur, 2010 et, avec Christophe Noyé, <em>L’Atlas des nouvelles fracture sociales en France</em>, Paris, Autrement, 2004.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref9">[9]</a> Des pistes suggestives d’explication du changement à l’œuvre de ce point de vue dès 1981 sont proposées par Pierre Grémion notamment dans ses articles des années 1980-1990 (regroupés dans le volume <em>Modernisation et progressisme, fin d’une époque, 1968-1981</em>, Paris, Editions Esprit, 2005). Pour une vue d’ensemble récente de l’évolution des politiques publiques en France dans différents domaines, voir Olivier Boraz &amp; Virginie Guiraudon (dir.), <em>Politiques publiques</em>, 2 vol., Paris, Presses de Sciences Po, 2010. Enfin Gwénaële Calvez donne également un bon aperçu d’une telle évolution à partir de la politique menée en matière de « discrimination positive » dans <em>La Discrimination positive</em>, Paris, PUF (Que Sais-Je ?), 2004.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref10">[10]</a> Le journaliste anglais Ed West a trouvé une formule qui résume parfaitement cette évolution des mouvements néopopulistes européens que semble désormais suivre Marine Le Pen : les islamophobes libertariens contre les anti-homosexuels de toutes religions. « The future of Right-wing politics – ‘libertarian Islamophobes or inter-faith gay-bashers ? », <em>Daily Telegraph</em>, 9 juin 2010.</p>
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<div>
<p><a href="#_ftnref11">[11]</a> Pascal Perrineau est le premier à employer l&#8217;expression dans le collectif qu’il a codirigé avec Colette Ysmal, <em>Le Vote en crise</em> en 1995 (Paris, Presses de Sciences Po) où il montre que les zones de progression de Jean-Marie Le Pen entre 1988 et 1995 sont les anciens bastions ouvriers où la gauche (et notamment le PS) a perdu le plus de voix. Il ajoute qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une nouvelle forme d&#8217;adhésion au FN, comme à une « troisième voie » non explorée face aux déceptions des années 1980. Nonna Mayer a développé la thèse d&#8217;un « ouvriéro-lepénisme » dans <em>Ces Français qui votent FN</em> en 1999 (Paris, Flammarion) qui insiste davantage sur la dimension sociale que sur la transgression de l&#8217;axe gauche-droite. A ses yeux, si ce sont avant tout des ouvriers (avec des niveaux « d&#8217;attache » au statut d&#8217;ouvrier variables) qui se tournent vers le FN en 1995 et 1997, ils sont en revanche loin d’être tous de gauche.</p>
</div>
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<p><a href="#_ftnref12">[12]</a> Comme celui que présentent dans leur récent ouvrage, Camille Landais, Thomas Piketty &amp; Emmanuel Saez, <em>Pour une révolution fiscale : un impôt sur le revenu pour le XXIe siècle</em>, Paris, Le Seuil, 2011.</p>
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<p><a href="#_ftnref13">[13]</a> Le texte sur « l’égalité réelle » du PS est consultable en ligne à l’adresse suivante : <a href="http://www.parti-socialiste.fr/articles/egalite-reelle-les-propositions-adoptees">http://www.parti-socialiste.fr/articles/egalite-reelle-les-propositions-adoptees</a> et les propositions socialistes sur la notion de <em>care </em>à cette adresse : <a href="http://www.parti-socialiste.fr/articles/le-care-acte-i">http://www.parti-socialiste.fr/articles/le-care-acte-i</a></p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref14">[14]</a> Ces dernières années les diagnostics établis par des chercheurs proches de la gauche sur la société française et mettant en évidence les manques les plus criants en termes de politiques publiques ont été très nombreux. On citera, parmi d’autres, Camille Peugny, <em>Le Déclassement</em>, Paris, Grasset, 2009 ; Philippe Guibert et Alain Mergier, <em>Le Descenseur social. Enquête sur les milieux populaires</em>, Paris, Fondation-Jean-Jaurès/Plon, 2006 ; Louis Chauvel, <em>Les Classes moyennes à la dérive</em>, Paris, Le Seuil, 2006 ; Philippe Askénazy, <em>Les Désordres du travail</em>, Paris, Le Seuil,  2004.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref15">[15]</a> Voir Jacques Delpla &amp; Charles Wyploz, <em>La fin des privilèges. Payer pour réformer</em>, Paris, Hachette Littératures, 2007 et Raffaele Simone, <em>Le Monstre doux. L’Occident vire-t-il à droite ?</em>, tr. fr., Paris, Gallimard, 2010.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref16">[16]</a> Sur ce point précis, voir notamment Laurent Bouvet, « Les contradictions de l’antilibéralisme », <em>loc. cit.</em></p>
</div>
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<p><a href="#_ftnref17">[17]</a> George Orwell, <em>Essais, articles et lettres</em>, tr. fr., Paris, Ivrea/L’encyclopédie des nuisances, 1995 (voir notamment le premier volume).</p>
<p>&#8211;</p>
<p><strong>Article publié sous une forme légèrement modifiée dans la revue <em>LE DEBAT</em>, n° 164, mars-avril 2011, p.136-143.</strong></p>
<p>&#8211;</p>
</div>
</div>
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		<title>PS : la victoire en murmurant</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Mar 2011 13:15:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurent Bouvet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le Parti socialiste a la victoire modeste, et il a raison. Les résultats des élections cantonales doivent en effet être lus avec beaucoup d’attention par la gauche, et par le PS en particulier. Non seulement parce que le gain net &#8230; <a href="http://laurentbouvet.wordpress.com/2011/03/28/ps-la-victoire-en-murmurant/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laurentbouvet.wordpress.com&amp;blog=810499&amp;post=1901&amp;subd=laurentbouvet&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Le Parti sociali<a href="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/03/article_departementscanto.jpg"><img class="alignleft size-full  wp-image-1902" title="article_departementscanto" src="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/03/article_departementscanto.jpg?w=584" alt=""   /></a>ste a la victoire modeste, et il a raison. Les résultats des élections cantonales doivent en effet être lus avec beaucoup d’attention par la gauche, et par le PS en particulier. Non seulement parce que le gain net de cantons et de départements est réduit vue la situation de la droite mais surtout parce que de <a href="http://laurentbouvet.wordpress.com/2008/01/10/ps-le-danger-dune-victoire-aux-municipales/">mauvaises anal</a><a href="http://laurentbouvet.wordpress.com/2008/01/10/ps-le-danger-dune-victoire-aux-municipales/">yses des victoires aux élections locales</a> depuis près de 10 ans ont conduit à de graves désillusions au niveau national.</p>
<p style="text-align:justify;">Le rejet massif et répété du sarkozysme ne doit pas laisser penser que l<a href="http://laurentbouvet.wordpress.com/2010/05/26/en-2012-la-droite-peut-perdre-mais-la-gauche-peut-elle-gagner/">’élection présidentielle de 2012 est d’ores et déjà jouée</a>. De nombreuses incertitudes pèsent encore sur le PS lui-même : qui sera son candidat ? Quel projet celui-ci défendra-t-il ? Comment candidat et « projet du parti » s’articuleront-ils ? Etc. Rien n’est tranché à un an de l’élection majeure ! Et les mêmes qui resservent depuis des mois l’argument de la campagne courte (« à l’américaine » entend-t-on même parfois !) montrent que non seulement ils ont manqué plusieurs épisodes de l’histoire électorale de la Ve République (et de celle des Etats-Unis accessoirement) mais surtout qu’ils n’ont rien compris, au fond, à la nature même de l’élection présidentielle. Une candidature à la présidentielle se prépare, se peaufine, se pense… longtemps à l’avance, et les Français le savent très bien, ils voient toujours venir de loin les candidats à la présidentielle même s’ils ne sont pas obsédés par celle-ci comme le sont les commentateurs.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-1901"></span>Ces cantonales sont riches d’enseignements non par ce qu’elles nous disent sur le PS lui-même – finalement peu de chose à part de confirmer qu’il s’agit bel et bien d’un grand parti d’élus locaux – mais par les informations qu’elles nous donnent sur les obstacles extérieurs auxquels devra faire face le PS d’ici à 2012. Il y en a au moins quatre à la lecture des résultats des cantonales, tous venant de « forces » politiques qui ont progressé significativement lors de ces élections locales.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://www.france-politique.fr/participation-abstention.htm">Le premier, c’est évidemment l’abstention</a>. Depuis une dizaine d’années, le PS gagne les élections (locales) où l’abstention est forte et surtout progresse. C’est un constat inquiétant car cela signifie que malgré les votes de rejet de la majorité en place, on est (encore ?) loin d’un vote d’adhésion au PS. Et il n’est pas totalement certain, pour dire le moins, que la présentation annoncée par Martine Aubry du programme du PS dans quelques semaines déclenche l’adhésion des masses. Pas plus qu’on ne peut être sûr que les primaires permettront cette vaste « mobilisation populaire » que leurs promoteurs exaltés nous vendent depuis des mois.</p>
<p style="text-align:justify;">Le deuxième obstacle, ce sont <a href="http://www.europe1.fr/Politique/Front-de-gauche-et-Verts-ont-aussi-gagne-473619/">les écologistes (Europe-Ecologie-Les-Verts, EELV) qui ont progressé significativement lors de ces élections.</a> La première raison est structurelle : le noyau dur de l’électorat PS (urbain, diplômé, CSP moyennes et supérieures…) est peu ou prou le même que celui d’EELV. La seconde conjoncturelle : l’actualité nucléaire japonaise pourrait bien servir d’auxiliaire électoral aux écologistes en rabattant vers eux une partie de ce « noyau ». Et comme pour confirmer ce double constat, on a vu récemment Martine Aubry faire copine-copine avec Cécile Duflot et déclarer que « le nucléaire est une énergie dangereuse et qu&#8217;il faut le prendre en compte. » (28/03/11). Une chose est claire désormais, on sait qui déterminera le premier point de l’ordre du jour des négociations entre les deux partis dans les mois qui viennent. L’affaire pourrait d’ailleurs encore se compliquer pour le PS si Nicolas Hulot décidait de se lancer dans la bataille. Son potentiel électoral s’il est pour le moment largement inconnu pourra difficilement être inférieur à celui d’Eva Joly. Un candidat écolo qui ferait au premier tour de l’élection présidentielle un score plus élevé qu’à l’habitude représenterait une menace directe pour le candidat socialiste compte tenu de l’effet de vases communicants de leurs électorats.</p>
<p style="text-align:justify;">Le troisième obstacle, c’est le Front de gauche. L<a href="http://www.frontdegauche.eu/index.php?option=com_content&amp;view=article&amp;id=675:2eme-tour-des-elections-cantonales-le-front-de-gauche-participe-de-facon-decisive-a-lamplification-du-resultat-de-la-gauche&amp;catid=97:actualite">a nouvelle dynamique apportée par Jean-Luc Mélenchon au Parti communiste</a> pourrait bien s’avérer elle aussi problématique pour le PS au premier tour de la présidentielle – même si au second, comme pour les écologistes, le report vers le candidat PS s’il est qualifié sera à n’en pas douter massif que ce soit contre Sarkozy ou Le Pen. Le créneau du FG dans l’élection qui vient sera clairement celui de l’abandon des classes populaires par le PS et de la condamnation de sa dérive « libérale » et mondialiste. Et si Mélenchon réussit à convaincre le PC qu’il pourra lui apporter une dynamique supérieure à un candidat, moins médiatique et issu de son sein, pour négocier ensuite ses circonscriptions législatives avec le PS, les communistes n’hésiteront pas à le soutenir. Mélenchon pourra ainsi reprendre son antienne populiste de gauche qui lui a bien servi ces derniers mois pour apparaître comme le contrepoids de gauche au candidat PS.</p>
<p style="text-align:justify;">Enfin, quatrième obstacle, le Front national lui-même ou plutôt Marine Le Pen. Il s’agit d’un obstacle pour le PS parce que s<a href="http://www.leparisien.fr/election-presidentielle-2012/2012-un-nouveau-sondage-donne-marine-le-pen-au-second-tour-27-03-2011-1379903.php">’il se confirme qu’elle réussit à maintenir sous la ligne de flottaison la candidature de Sarkozy</a> (ou du remplaçant de celui-ci à droite) en laissant penser qu’elle sera candidate au second tour contre la gauche, une partie de la droite pourrait bien la rejoindre, sinon publiquement du moins dans les urnes, et lui donner la possibilité de faire un score élevé dès le premier tour de la présidentielle. Cette perspective la conduirait à ordonner toute sa campagne contre le candidat du PS qu’elle serait en quelque sorte assurée de retrouver au second tour. Or un tel face-à-face, sans <em>punching-ball</em> sarkozyste entre les deux, pourrait s’avérer destructeur pour le candidat PS si celui-ci était conduit, par réaction, à <a href="http://www.latribune.fr/actualites/politique/20110327trib000610878/stephane-rozes-ces-cantonales-sont-un-laboratoire-de-la-presidentielle.html">se retrancher sur la position du « tout économique et social »</a> face au « tout identitaire » que ne manquera pas de lui imposer Le Pen.</p>
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			<media:title type="html">Laurent Bouvet</media:title>
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		<title>Hymne national</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Mar 2011 07:51:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurent Bouvet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Recension pour le site nonfiction.fr de l’ouvrage de Jean-Pierre Chevènement, La France est-elle finie ?, Paris, Fayard, 2011, 316 pages. A télécharger ici. Le livre de Jean-Pierre Chevènement n’est pas un livre politique comme les autres. Ce n’est d’ailleurs pas non &#8230; <a href="http://laurentbouvet.wordpress.com/2011/03/17/hymne-national/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=laurentbouvet.wordpress.com&amp;blog=810499&amp;post=1889&amp;subd=laurentbouvet&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong><a href="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/03/7af75909dc69b27ff53727a0e1b23f08-0.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1890" title="7af75909dc69b27ff53727a0e1b23f08-0" src="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/03/7af75909dc69b27ff53727a0e1b23f08-0.jpg?w=584" alt=""   /></a>Recension pour le site <a href="http://www.nonfiction.fr/article-4396-hymne_national.htm">nonfiction.fr</a> de l’ouvrage de </strong><strong>Jean-Pierre Chevènement, <em>La France est-elle finie ?</em>, Paris, Fayard, 2011, 316 pages. </strong>A télécharger <a href="http://laurentbouvet.files.wordpress.com/2011/03/recensionnonfictionjeanpierrechevenement0311.pdf">ici</a>.<strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Le livre de Jean-Pierre Chevènement n’est pas un livre politique comme les autres. Ce n’est d’ailleurs pas non plus un livre comme les autres livres dont il est l’auteur. Comme s’il avait mis un peu plus de lui-même dans celui-ci. Certainement parce qu’il a écrit, cette fois, directement sur le sujet qu’il préfère entre tous, son « grand » sujet : la France. Et parce qu’il l’a écrit pour dire son inquiétude même s’il n’est pas pessimiste. Il consacre même la dernière partie de l’ouvrage à dessiner les solutions qui à ses yeux permettraient d’éviter au pays le déclin annoncé, cette « sortie de l’Histoire » comme il y a des sorties de route, définitive.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-1889"></span>Si Jean-Pierre Chevènement peut se permettre non seulement de se situer à une telle hauteur mais encore de nous expliquer ce qui est en jeu aujourd’hui, avec un brio intellectuel et une maîtrise de l’Histoire extrêmement rares chez ses collègues politiques contemporains, c’est justement parce qu’il est un homme… politique au sens plein et entier du terme. Un politique qui pense et agit, qui aime la vie partisane et la vie des idées, qui a toujours été élu local en même temps que responsable et élu national. Jean-Pierre Chevènement a joué un rôle de premier plan pendant quarante ans sur la scène politique française. Il a été aux avant-postes dès la conquête du PS par François Mitterrand en 1971. A la fois intellectuel organique du PS mitterrandien et chef politique de son aile gauche (le CERES), il a aidé et accompagné Mitterrand tout au long de son parcours socialiste, de 1971 à 1991. Il a été ministre dans tous les gouvernements socialistes jusqu’à ce qu’à chaque fois il en démissionne, à trois reprises mais toujours sur des querelles de fond, parce qu’il était en désaccord avec la politique menée par le gouvernement : contre le tournant de la rigueur et le franc fort en 1983, contre l’engagement français dans la Guerre du Golfe en 1991 et contre la politique corse de Lionel Jospin en 2000. Il a fondé son propre parti après son départ du PS en 1992 et a même été candidat à l’élection présidentielle en 2002 – on l’a d’ailleurs accusé d’avoir fait « perdre » Lionel Jospin au premier tour par sa seule candidature ! Mais il doit son statut si particulier dans le paysage politique français à autre chose qu’à son parcours aussi brillant soit-il. C’est à la fois sa qualité intellectuelle et son rapport très étroit à l’Etat, à la République et à la Nation qui en ont fait une figure politique majeure de la Ve République.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La matrice française</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Jean-Pierre Chevènement a écrit ce livre à un moment où la question du déclin de la France se pose, à nouveau. Mais d’une manière dont on sent confusément qu’elle est à la fois inédite et plus précise ou plus pressante que ce ne fût le cas dans le passé. Peut-être, c’est ce que suggère l’auteur dans son livre, parce que, comme en 1940, la France n’est à nouveau plus maîtresse de son destin. Mais cette fois-ci, ce ne sont pas les Allemands qui sont responsables de l’effacement national, de l’abaissement de l’Etat et de la dissolution de la République, trois thèmes-clefs pour l’auteur. C’est la mondialisation, bien sûr, mais c’est surtout l’Europe ou plutôt l’idée européenne que certains de ses promoteurs ont fait avaler aux Français pendant des décennies à coup de mensonges, d’illusions et de fuites en avant. A cause d’eux, la France se retrouve aujourd’hui en bas de page des livres d’histoire, subissant les bouleversements de l’ordre du monde quand il n’y a pas si longtemps encore elle les ordonnait ou du moins les  maîtrisait.</p>
<p style="text-align:justify;">Le parallèle entre la situation actuelle et 1940 n’est pas fortuit. C’est même le cœur du livre, la matrice de l’histoire contemporaine de la France pour l’auteur. Il fait en effet remonter la dérive européiste d’une bonne part de l’élite française, et notamment de la gauche, à l’effondrement national de mai-juin 1940.<a href="#_ftn1">[1]</a> Même si, comme il le souligne, il ne pense pas que le pays soit définitivement sorti de l’Histoire, comme la Grèce ou l’Egypte, contrairement à son « ami » Régis Debray. Tout vient de là, de ce moment-clef qui lui même prend racine dans le traumatisme de la Première Guerre mondiale dont il n’est que la continuation tragique.</p>
<p style="text-align:justify;">Après, tout s’enchaîne, presque naturellement, malgré l’épisode grandiose du gaullisme qui a, un temps, fait illusion : l’Europe des Six qui ne réunit que des « nations effondrées », la responsabilité américaine et sa volonté de voir disparaître les nations européennes fauteuses de guerre, la fin de l’empire colonial qui réduit géographiquement le pays à sa taille politique, la « démystification de roman national » et puis la succession des renoncements européens à la nation : de Rome à Maastricht en passant par l’Acte Unique. C’est Jean Monnet, auquel l’auteur a consacré son précédent livre, qui a gagné.<a href="#_ftn2">[2]</a></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Mitterrand l’Européen</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Jean-Pierre Chevènement ne consacre toutefois pas un second volume à Monnet. C’est François Mitterrand qui est son sujet cette fois-ci. L’auteur est d’ailleurs l’un des rares hommes politiques, et au-delà, à savoir parler de Mitterrand, ce qui n’est pas si facile. Certainement parce qu’il peut se le permettre, ne serait-ce qu’en raison des relations à la fois intimes et conflictuelles qu’il a longtemps eues avec lui. Disons qu’il sait se situer à bonne distance de son sujet ; loin des hagiographes mitterrandôlatres mais tout aussi loin des demi-moralistes, comme il y a des demi-mondaines, qui condamnent le machiavélisme de Mitterrand sans avoir lu ni compris Machiavel. Quand Chevènement parle de Mitterrand, ça sonne juste. On sent tout de suite qu’il a compris si ce n’est Mitterrand lui-même, du moins ce que l’on nommera « le problème Mitterrand ».</p>
<p style="text-align:justify;">Il a notamment bien compris l’européanisme fondamental, forcené, de Mitterrand. Celui d’un jeune homme qui a forgé sa conviction qu’il fallait se débarrasser des nations au moment du désastre de 1940. Celui qui a été très tôt l’homme d’un syllogisme : la nation c’est le nationalisme, le nationalisme c’est la guerre, et donc la nation c’est la guerre. Dans les chapitres III et IV du livre, autour de ce que l’auteur appelle le « pari pascalien de Mitterrand », on perçoit bien combien il a admiré Mitterrand le politique, le seul à l’échelle de l’histoire contemporaine du pays qui puisse selon lui se comparer à De Gaulle, et aussi, dans le même temps, combien lui a coûté cette admiration.</p>
<p style="text-align:justify;">Il lui trouve même encore, comme par indulgence, des excuses alors qu’il sait parfaitement toute sa responsabilité dans ce qui lui apparaît comme le cœur du processus qui conduit au déclin national : « François Mitterrand n’a certainement pas vu qu’il ouvrait la voie, au milieu des années quatre-vingt, à la mondialisation financière. »<a href="#_ftn3">[3]</a> Mitterrand aurait ainsi parié sur l’Europe comme Pascal sur l’existence de Dieu. Les pages sur la fin des années 1980 et le début des années 1990, avant et après la chute du Mur de Berlin, sont éclairantes mais on ne les comprend dans leur profondeur historique qu’à l’aune de « l’archéologie de la vision mitterrandienne »<a href="#_ftn4">[4]</a> que nous propose Jean-Pierre Chevènement : le choix de l’Europe fait par Mitterrand « procède d’un cheminement et d’une vision qui lui sont propres. Le ‘pari pascalien’ qu’il a fait sur l’Europe ne peut se comprendre que d’une seule façon : il part du jugement qu’après l’effondrement de la France, il y a soixante-dix ans, sans précédent et sans équivalent dans notre histoire, rien ne peut plus être comme avant. ‘<em>Finis Franciae</em>’, avait alors décrété le maréchal Smuts. »<a href="#_ftn5">[5]</a></p>
<p style="text-align:justify;">Le problème pour Chevènement tient au fait que Mitterrand, celui-là même qu’il a si bien aidé dans son grand dessein de la conquête du pouvoir présidentiel, a entraîné avec lui la gauche française, le PS au premier rang, dans l’abîme européen. C’est ce qui apparaît nettement à l’auteur en 1983 avec le « tournant libéral » du premier septennat. Jusqu’ici il avait pu avoir des doutes que l’habileté politique de Mitterrand avait toujours su dissiper mais ensuite le doute n’était plus permis. Il faut d’ailleurs ici se demander pourquoi Jean-Pierre Chevènement a-t-il accepté de redevenir ministre de Mitterrand en 1984 et en 1988 ? Et pourquoi à nouveau, de Lionel Jospin, en 1997 ? Quand on lit ce qu’il écrit sur le PS et son état d’esprit pendant toute cette période, il y a là, pour dire le moins, un angle mort dans l’analyse de l’auteur. Le politique Chevènement, l’homme d’Etat et d’action, l’ont sans doute plus souvent emporté qu’il ne le dit ou ne l’avoue sur l’homme de conviction. Il fut soumis, lui aussi, plus qu’il ne le reconnaîtrait certainement, au dilemme wébérien des deux éthiques.</p>
<p style="text-align:justify;">On se pose une autre question en lisant ce livre : est-ce qu’il n’a pas été écrit par l’auteur pour tenter de comprendre, si seulement cela est possible, la relation qu’il a entretenue avec Mitterrand ? Car enfin, que dit Jean-Pierre Chevènement sinon qu’il a aidé de toutes ses forces, avec toute sa conviction et sa puissance intellectuelle et politique celui qui va finalement devenir, à peine élu ou presque, le fossoyeur de ce à quoi l’auteur tient le plus : le nécessaire enracinement national de la République. Comment avoir fait ainsi le lit de « Mitterrand l’Européen » alors qu’on l’a côtoyé pendant des années à la direction du PS avant 1981 ? La thèse d’un Mitterrand qui a trompé tout le monde aussi longtemps sur ce point ne tient pas, surtout si l’on prend au sérieux les arguments historiques, sur les années 1930-40 notamment.<a href="#_ftn6">[6]</a> Ceux précisément sur lesquels s’appuie Chevènement pour expliquer le cheminement européen de Mitterrand. C’est un peu comme s’il avait toujours su mais qu’il n’avait pas voulu y croire, pendant très, trop, longtemps.</p>
<p style="text-align:justify;">On risquera une hypothèse sur cette relation particulière entre les deux hommes. Celle-ci tient sans doute à la conception commune, au fond, de l’histoire française et européenne qu’ils ont partagée malgré leurs divergences politiques et tactiques à certains moments. Une histoire à la  Jacques Bainville<a href="#_ftn7">[7]</a> (auteur qui n’est bizarrement jamais cité dans le livre) où le destin de la France est lié, dans les deux sens du terme, à celui de l’Allemagne depuis toujours ou presque : « Sur la longue durée, le destin de la France en Europe ne se conçoit pas indépendamment de celui de l’Allemagne. »<a href="#_ftn8">[8]</a> Ce que Jean-Pierre Chevènement dit avoir compris de François Mitterrand tourne autour de cette donnée archihistorique en quelque sorte, comme il y a de l’architectonique. Le XXe siècle franco-allemand est le moment où se dénoue cette longue histoire, à travers les guerres mondiales puis la construction européenne autour du fameux « couple ». Pour Chevènement, dès lors que Mitterrand a accepté le « tournant libéral » de l’Europe en 1983, il n’est plus en mesure de résister au retour de l’Allemagne après sa réunification, à ce que lui demande Helmut Kohl, puisque vouloir l’Europe comme l’a voulue Mitterrand, c’était donner la première place à l’Allemagne et déséquilibrer le couple bâti à la hâte par De Gaulle et Adenauer sur le souvenir de la tragédie. Tout se lit ensuite sur ce mode pour Jean-Pierre Chvènement : la politique d’un Franc fort adossé au puissant Deutsche Mark, la désinflation compétitive, la désindustrialisation face à la puissance industrielle allemande… et finalement, l’acceptation d’une Europe à la main allemande, comme une évidence, après 1990.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La crise comme confirmation</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Le pari de l’Europe a donc été perdu. Les choix mitterrandiens ont entraîné la France dans un mécanisme qu’elle ne pouvait pas maîtriser et qui la laisse aujourd’hui à la merci des intempéries du capitalisme mondialisé. La crise financière de 2008, celle de la Grèce et de l’Euro en 2010 ne font que confirmer cette dérive pour Jean-Pierre Chevènement.<a href="#_ftn9">[9]</a> On sent d’ailleurs ici l’auteur moins économiste qu’historien. Il reprend sur les crises de ces dernières années des analyses que l’on a déjà lu des dizaines de fois : crise du capitalisme financiarisé anglo-saxon, crise du système néo-libéral, « épuisement d’un modèle », défauts de la gouvernance économique européenne alors qu’une monnaie unique a été mise en place, etc. Les solutions esquissées, rapidement, sont tout aussi classiques voire convenues : rééquilibrer la politique monétaire européenne par une véritable politique économique, passer à la « monnaie commune » plutôt qu’unique et ne pas vouloir en faire un « Mark bis ». On constatera simplement que si l’on est moins emporté par la verve de l’auteur sur l’économie que sur l’histoire, il s’agit néanmoins, à rebours de ce que l’on entend souvent à son propos, de l’exposé d’un homme politique responsable et conscient des enjeux, qui analyse la réalité plutôt qu’il ne rêve d’une fuite en avant politique. Il laisse sa chance à l’Europe et ne propose de « mettre un terme à cette expérimentation hasardeuse » qu’une fois que toutes les voies de réforme auront été épuisées.</p>
<p style="text-align:justify;">A l’occasion de son analyse de la crise, Jean-Pierre Chevènement laisse également paraître, en filigrane, ce qui nous semble être l’un des défauts majeurs de sa pensée : sa méconnaissance mêlée de désintérêt pour les Etats-Unis et plus généralement pour le monde anglo-saxon – alors que les mondes hispanophone et arabophone, notamment, lui sont plus familiers. Comme s’il avait renoncé, il y a bien longtemps, à comprendre l’Amérique et le monde anglophone, à en percevoir les complexités et les subtilités. Cela vient sans doute de son antilibéralisme, au sens non vulgaire mais philosophique. Et donc du fait qu’il a toujours perçu les Etats-Unis comme le pays du libéralisme « réellement existant ». Ce qui condamne <em>a priori</em> tout ce qui en vient, en particulier les idées. Antiaméricain par antilibéralisme et antilibéral par républicanisme, cela se tient. Même si, on le voit notamment ici, cela limite considérablement la profondeur de son champ d’analyse sur le rôle des Etats-Unis dans les affaires mondiales, sur les influences qui en proviennent au-delà de la politique étrangère ou économique menée par telle ou telle Administration.</p>
<p style="text-align:justify;">On sent tout au long du livre, comme dans le parcours de l’auteur, qu’il cherche davantage la cohérence que l’ouverture, ce qui peut s’entendre. Mais malgré la qualité rare dont une telle exigence témoigne aujourd’hui dans la politique française, cela peut s’avérer malgré tout insuffisant ; ne serait-ce que parce que la mise à l’échelle mondiale de toutes les questions qui l’occupent et nous occupent rend plus difficile un raisonnement qui n’en comprend alors qu’une part, la plus sombre, dès lors qu’il s’agit du rôle des Américains. La pièce américaine, centrale, fait défaut au vaste puzzle intellectuel chevènementiste.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Le siècle qui vient</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Tout n’est pas pour autant perdu. Le déclin n’est pas inéluctable. La France n’est pas encore sortie de l’Histoire. A condition de suivre le chemin dont Jean-Pierre Chevènement dessine le tracé dans la dernière partie de son livre ; un chemin difficile et exigeant.<a href="#_ftn10">[10]</a> Là encore c’est dans la relation à l’Allemagne que l’auteur puise son inspiration et qu’il démontre le mieux l’ampleur de sa pensée. Il tire son analyse de la fréquentation que l’on sent assidue des meilleures sources contemporaines allemandes : Sloterdijk, Winckler, Enzensberger… tout en s’appuyant, toujours, sur la profondeur historique, comme son évocation du « débat » entre Herder et de Rousseau au XVIIIe siècle en témoigne.<a href="#_ftn11">[11]</a></p>
<p style="text-align:justify;">C’est donc l’Allemagne qui détient « la clé de l’Europe européenne », cet avenir incontournable de la France. Il faut pour cela dépasser le « mutuel désintérêt » dont parle Sloterdijk et sortir de l’illusion « occidentaliste », celle des marchés, du capitalisme financier, du monde anglo-saxon pour continuer, ensemble, de participer à l’Histoire. L’une sans l’autre, France et Allemagne seraient irrémédiablement condamnées. L’une avec l’autre, elles peuvent encore jouer leur rôle, au premier rang : alliance dans l’indépendance avec les Etats-Unis (ce qui implique une réflexion sur la défense) ; rapprochement avec la Russie « pour construire une ‘République européenne des peuples’ »<a href="#_ftn12">[12]</a> ; coopération avec la Méditerranée et l’Afrique<a href="#_ftn13">[13]</a> ; régulation économique pour lutter contre les effets néfastes de la mondialisation libérale… Ce même et cet autre tout à la fois qu’est l’Allemagne pour la France, est bel et bien le lien indispensable entre les « trois dimensions » qu’il nous faut réapprendre à tenir ensemble aux yeux de l’auteur : la nation, l’Europe, le monde.<a href="#_ftn14">[14]</a></p>
<p style="text-align:justify;">A cette projection multidimensionnelle de la France dans l’avenir, il faut un socle : c’est bien évidemment la République. Jean-Pierre Chevènement ne nous surprend pas, il met simplement en ordre (de bataille) les idées qu’il a défendues depuis des années. Elles sont connues : l’idéal historique de la gauche issue de la Révolution française, la « méthode » du socialisme (où là encore on sent principalement l’influence allemande…) et, donc, la République, celle qui transcende, unifie et universalise à la fois. C’est là qu’on trouve les quelques pages de l’ouvrage sur la situation politique nationale actuelle : rapides et percutantes mais sans surprise là non plus. En résumé : « la gauche doit rencontrer la République… et la France », c’est-à-dire le peuple français afin de ne pas laisser à la droite « la gestion empirique des choses »<a href="#_ftn15">[15]</a>. Jean-Pierre Chevènement n’est pas plus sociologue qu’il n’est économiste, son analyse de la situation politique et sociale de la France d’aujourd’hui est donc très succincte et reprend les conclusions des travaux récents sur les couches populaires et les classes moyennes, sur ce que l’on appelle, de manière générique, à la fois le fractionnement et le déclassement.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce qui est plus original, c’est l’idée que le « modèle républicain » puisse à nouveau servir au dépassement des frontières nationales. Qu’il soit aussi considéré, grâce à son universalisme, comme le meilleur moyen de la France de continuer de se projeter en Europe et dans le monde.<a href="#_ftn16">[16]</a> Une France qui retrouverait la fierté de sa propre identité républicaine et saurait à nouveau utiliser son message universel et se « comprendre elle-même », serait capable d’être entendue. L’auteur ne cesse de faire le lien entre le retour de la République à l’intérieur et retour de la France sur la scène mondiale. Il met en avant pour permettre ce double « retour », deux de ses marottes politiques, bien connues, déjà énoncées notamment lors de sa campagne présidentielle de 2002 : la politique industrielle et l’investissement dans l’éducation et la recherche. Le ministre qu’il a été, dans ces différents domaines, est de retour à chaque page de ces prescriptions.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette dernière partie du livre, celle des propositions, laisse pourtant le lecteur sur sa faim. Non tant qu’elle ne soit pas riche de cette vision ample qui caractérise l’auteur mais sans doute parce qu’on la connaît déjà, presque par cœur. Ce qui ne l’invalide pas bien au contraire. La crise économique et financière comme les aléas de la géopolitique ont confirmé bien des analyses dont Jean-Pierre Chevènement s’est depuis longtemps fait le héraut. L’actualité politique confirme aussi, s’il était besoin, que son attachement à la République devrait être un phare pour une gauche française qui peine à s’orienter entre question sociale, identité nationale, immigration, laïcité et « multiculturalisme ». L’auteur sait très bien mêler les dimensions identitaires, les « valeurs », et le « social », celui de l’approche traditionnelle de la gauche, issue du marxisme économiciste. Il est même un des rares hommes politiques français à avoir su le faire de manière aussi articulée et depuis aussi longtemps.</p>
<p style="text-align:center;">&#8212;</p>
<p style="text-align:justify;">Alors qu’est-ce qui fait qu’après avoir constaté, tout au long de ces trois cents et quelques pages, la pertinence de l’analyse, le sens de l’Histoire, la cohérence de la pensée, l’acuité et l’ampleur de la vision politique de Jean-Pierre Chevènement, on ne devient pas pour autant « chevènementiste » ?</p>
<p style="text-align:justify;">Au-delà des différences d’appréciation sur telle ou telle prescription politique, on retrouve là plus fondamentalement la politique et, avec elle, le Chevènement homme politique. Celui qui en faisant le choix de sortir du Parti socialiste au début des années 1990 pour continuer seul ou presque une aventure commencée et vécue pendant longtemps au sein du PS, s’est privé d’un levier essentiel pour ses idées ; et surtout pour qu’elles puissent infuser ou percoler, en se frottant à d’autres, antagonistes certainement, au sein du PS et dans la gauche française. En ayant jugé à un moment donné que le PS n’était plus le lieu d’un possible avenir politique ni personnel ni pour le pays – même si ce fut pour des raisons de fond et non par opportunisme bien entendu –, Jean-Pierre Chevènement a hypothéqué son parcours et donc celui de ses idées, comme s’il s’était coupé les mains pour préserver sa tête. Il s’est dès lors éloigné, et c’est un paradoxe à propos duquel il ne dit rien dans le livre, de la signification profonde de la Ve République, du potentiel politique considérable que celle-ci peut offrir mais qui ne devient possible qu’à condition d’en accepter la contrainte institutionnelle, celle de la présidentialisation. Une contrainte qu’il avait pourtant apprise avec François Mitterrand ; apprise à ses dépens certes, en partie au moins, lorsqu’il perd la bataille de 1983 ; mais une contrainte aussi qu’il n’a finalement jamais su ni faire sienne ni apprivoiser, comme sa campagne présidentielle de 2002 l’a, <em>in fine</em>, démontré.</p>
<div style="text-align:justify;"><strong>Notes </strong>&nbsp;</p>
<hr size="1" />
<p><a href="#_ftnref1">[1]</a> P. 191.</p>
<div>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> <em>La Faute de M. Monnet : la République et l’Europe</em>, Paris, Fayard, 2006.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref3">[3]</a> P. 49.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref4">[4]</a> P. 76-80.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref5">[5]</a> P. 77.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref6">[6]</a> P. 83 et suivantes.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref7">[7]</a> Jacques Bainville, <em>Histoire de France</em>, Paris, Taillandier, 2007 [1924] et <em>Histoire des deux peuples</em>, Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1915.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref8">[8]</a> P. 209.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref9">[9]</a> Chapitres VII et VIII, p. 133 et suivantes.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref10">[10]</a> Chapitres XI à XIV.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref11">[11]</a> P. 209 et suiv.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref12">[12]</a> P. 296-300.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref13">[13]</a> P. 301-302.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref14">[14]</a> P. 294.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref15">[15]</a> P. 262.</p>
</div>
<div>
<p><a href="#_ftnref16">[16]</a> P. 265.</p>
</div>
</div>
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